Les violences commises en marge de la manifestation du 17 octobre ont concerné de nombreux professionnels du tourisme. Commerces saccagés, établissements vandalisés voire détruits, comme cette antenne de l’office de tourisme de Lyon : les dégâts matériels, en cours de chiffrage, s’élèveront à « plusieurs centaines de millions d’euros », selon Alexandre Bompard, le président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Il estime par ailleurs que 1 500 commerces ont été directement touchés. Parmi eux, de nombreuses agences de voyages. Laurent Abitbol, le président de Selectour/Havas Voyages, évoque ainsi une « quinzaine d’agences » concernées à Paris, Nantes, Lyon ou encore Bordeaux, principalement par des « vitrines brisées ».
Du côté de Tourcom, « aucune agence du réseau Tourcom n’a été cassée ou pillée », à la connaissance de Richard Vainopoulos, le président du réseau. Et même s'il estime que « ce qui s’est passé n’est pas normal », et qu'il est préoccupé par le fait que « des commerçants ou des habitants [évoquent] la possibilité de prendre les armes ou de s’organiser pour défendre leurs commerces », il n'est pas inquiet « pour le secteur. C’est un moment difficile, certes, mais lorsqu’une zone connaît des troubles, les voyageurs l’évitent temporairement. Puis, au bout de quinze jours ou trois semaines, l’activité reprend. On l’a déjà constaté lors de nombreuses crises. Dès que la situation se calme, les gens reviennent ».
« On se demande ce qui va se passer »
Adriana Minchella, la présidente du Cediv, n'a pas eu de remontées, « à ce stade », faisant état d'agences impactées. La dirigeante attend toutefois « d'en savoir plus », notamment concernant les agences installées aux Antilles, « en particulier en Guadeloupe », où « ça a bien bougé ». Elle s'inquiète surtout de la « mauvaise image » donnée de la France à l'étranger. « On se demande ce qui va se passer, si l’impact va être négatif sur les départs. On ne sait pas… ».
Dans un communiqué commun, ADN Tourisme, l’Association nationale des élus des territoires touristiques (ANETT), la Confédération des acteurs du tourisme (CAT) et INNTO France condamnent « avec la plus grande fermeté les violences, les exactions et les pillages qui ont frappé plusieurs villes françaises ». Une condamnation logiquement partagée par l’Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) et le Groupement des hôtelleries et restaurations de France (GHR).
L'Umih veut établir un bilan « précis et complet » des conséquences
Les organismes se posent d’abord en défenseurs des entrepreneurs. « Il est inacceptable qu’en France, des professionnels indépendants et des entreprises souvent familiales puissent voir en quelques heures les efforts d’une vie et leur outil de travail détruits », explique le communiqué commun. « Derrière chaque vitrine brisée, il y a des années de travail, des emplois et des familles plongées dans l’inquiétude », insiste Catherine Quérard, la présidente du GHR.
L’Umih, elle, invite « tous les commerçants, hôteliers, cafetiers et restaurateurs ayant subi des dégradations, des fermetures contraintes ou des pertes d’exploitation à prendre contact sans attendre avec les Umih départementales », dans la perspective d’établir un bilan « précis et complet » des conséquences de ces événements. Un recensement qui permettra notamment « de faire remonter les situations les plus urgentes et d’engager les démarches nécessaires auprès des pouvoirs publics ».
Quelles aides d'urgence ?
Catherine Quérard, elle, demande au gouvernement « de dire sans attendre comment il compte aider les victimes : quelles aides d’urgence pour les trésoreries, quelle mobilisation des assureurs pour accélérer les indemnisations, quel accompagnement pour préserver les emplois, quel chômage partiel exceptionnel ? Pour un établissement fermé, les recettes disparaissent, mais les charges continuent de courir ».
Mais l’urgence, pour ces organismes, est d’anticiper d’éventuels débordements futurs. « L’État doit pleinement assumer sa mission première : protéger », jugent les fédérations qui demandent « solennellement » au président de la République et au gouvernement « de prendre, sans délai, toutes les mesures nécessaires pour mettre un terme à ces violences, garantir la sécurité des personnes et des biens et rétablir durablement l’ordre républicain ». Une exigence partagée par l’Umih et le GHR.
L'image de la destination France impactée
Voilà pour le court terme. À moyen voire long terme, tous ces professionnels de l’accueil des touristes s’interrogent aussi sur l’impact de ces violences sur l’image de la destination France. La première destination touristique mondiale « ne peut accepter que la répétition d’images de violences et de pillages compromette la confiance de ses visiteurs et son rayonnement international », estiment les fédérations. « Les perturbations des déplacements, les fermetures d’établissements, les inquiétudes des visiteurs et les risques d’annulation de séjours fragilisent l’activité et l’emploi dans nos territoires ».
Car c’est précisément ce que craignent ces syndicats professionnels : que les acteurs du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration deviennent les victimes collatérales d’une situation dont ils ne portent pas la responsabilité. « Nos professionnels ne peuvent pas être, manifestation après manifestation, ceux qui paient la facture des violences », conclut Franck Chaumès, élu président de l’Umih il y a quelques jours.