Les aides publiques aux colonies de vacances progressent en 2026, sans que cela permette pour autant de conclure à une reprise de la fréquentation. À l’occasion d’un déplacement fin août au centre de vacances Les Fauvettes, à Neauphle-le-Vieux (Yvelines), la ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, Marina Ferrari, a présenté le bilan des dispositifs destinés à faciliter l’accès aux séjours collectifs.
Les AVE renforcées en 2026
Selon les données communiquées par le ministère, près de 100 000 enfants avaient bénéficié des Aides Vacances Enfants (AVE) à fin août, soit 44% de plus qu’en 2025. Le Pass Colo progresse également, avec 29 280 enfants inscrits à la même date, en hausse de 5% sur un an.
Cette progression intervient alors que les moyens consacrés aux aides ont été renforcés. Le budget des AVE atteint ainsi 38 millions d’euros en 2026, dont 20 millions supplémentaires à la suite de la suppression des « Colos apprenantes ». À fin août, 29,2 millions d’euros avaient déjà été consommés, soit 77% de l’enveloppe.
Les critères d’accès aux AVE ont également été élargis. Le nombre d’enfants potentiellement éligibles atteint désormais 4 millions, soit 35% de plus qu’un an auparavant. La hausse du nombre de bénéficiaires doit toutefois être interprétée avec prudence, le ministère précisant que la comparaison avec 2025 n’est pas réalisée à périmètre constant.
Le Pass Colo poursuit sa progression
Destiné aux enfants de 11 ans pour leur premier départ en colonie, le Pass Colo peut représenter jusqu’à 350 euros d’aide. Son budget reste fixé à 11,5 millions d’euros en 2026.
À fin août, 29 280 enfants étaient inscrits, contre près de 30 500 bénéficiaires sur l’ensemble de 2025. Parmi eux, 70% étaient des primo-entrants. La quasi-totalité des séjours financés, soit 99%, avaient eu lieu en France.
Ces résultats ne suffisent toutefois pas à établir une reprise de l’ensemble du marché. Les données consolidées de fréquentation pour la période septembre 2025-août 2026 ne seront disponibles qu’au mois de novembre.
Les professionnels constatent pourtant un recul
Les dernières données disponibles auprès des organisateurs vont même dans le sens inverse. Selon les statistiques de l’Unosel (Union nationale des organisations de séjours éducatifs, linguistiques et de formation en langues), recueillies auprès de ses adhérents à fin août, les inscriptions en colonies de vacances reculent d’environ 3% par rapport à l’été 2025.
La baisse est particulièrement marquée sur les séjours à l’étranger, avec un recul de 9% en Europe, contre 2% pour les séjours en France. Dans le même temps, l’Unosel confirme une progression de la part des séjours aidés et estime que la mobilisation du Pass Colo a augmenté de 6% entre 2025 et 2026.
Des familles de classes moyennes exclues
Le prix reste un frein important, notamment pour les séjours à l’étranger. L’Unosel pointe également un effet de ciseau pour les familles des classes moyennes, qui peuvent se retrouver au-dessus des plafonds des dispositifs d’aide tout en ayant des difficultés à financer un séjour.
« Nous observons un clivage de plus en plus marqué entre les enfants bénéficiaires d'une aide et les autres. Les familles des classes moyennes, qui n'entrent dans aucun dispositif d'aide, se retrouvent progressivement exclues et ne peuvent plus faire partir leurs enfants », souligne Sabine Bonnaud, déléguée générale de l’Unosel.
Les familles davantage en demande de réassurance
Le coût n’est toutefois pas le seul frein au départ. « Nos organisateurs labellisés constatent une désaffection particulière pour les départs des plus jeunes enfants, liée en grande partie à l'appréhension des parents à les laisser partir », observe Sabine Bonnaud.
Plus largement, les familles expriment davantage de préoccupations concernant les conditions d’accueil, l’encadrement et la sécurité des séjours. Elles souhaitent notamment conserver un contact plus étroit avec leur enfant pendant le séjour, y compris par téléphone.
Face à ces attentes, les organismes renforcent leur travail de réassurance. Ils mettent notamment davantage en avant le déroulement des séjours, les modalités de recrutement et de formation des équipes d’encadrement, ainsi que les dispositifs de prévention et de protection des mineurs, notamment en matière de violences sexistes et sexuelles.
« L'enjeu est de donner aux familles les garanties nécessaires pour qu'elles puissent laisser leur enfant partir sereinement, tout en lui permettant de vivre pleinement l'expérience collective du séjour », ajoute Sabine Bonnaud.
Une fréquentation encore difficile à mesurer
Le recul des colonies de vacances contraste avec l’image plutôt favorable dont elles bénéficient auprès des Français. Une enquête récente de l’Ifop consacrée à l’avenir des séjours collectifs montre ainsi que 75% des personnes interrogées en ont une bonne image. Un paradoxe alors que leur fréquentation continue de reculer.
Entre 2018-2019 et 2024-2025, le nombre de départs en accueils collectifs de mineurs avec hébergement a diminué de 9%, soit 132 000 départs en moins. Une érosion qui s’inscrit dans une tendance plus longue. « Ils étaient plus de 2 millions d’enfants à partir en vacances il y a 25 ans », rappelait dans nos colonnes Michaël Brugeas, cofondateur du réseau Resocolo et président d’Éole Loisirs. L’an dernier, il tirait déjà la sonnette d’alarme face au recul de la fréquentation des colonies.
Les dernières données consolidées disponibles montrent cette érosion. Sur l’année scolaire 2023-2024, 47 514 séjours avec hébergement avaient permis à 1,344 million d’enfants de partir. En 2024-2025, 46 959 séjours avaient accueilli 1,294 million d’enfants.
Les chiffres pour 2025-2026 ne seront connus qu’en novembre. Ils permettront véritablement de mesurer si le renforcement des aides en 2026 a eu un effet sur la fréquentation globale des colonies.