Encore une mauvaise nouvelle dans la préparation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030. Au terme de plusieurs mois de tensions internes et de désaccords sur la gouvernance, Edgar Grospiron a annoncé hier 10 septembre sa démission de la présidence du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) Alpes françaises 2030.
« Des bases solides », oui mais…
Le Comité international olympique (CIO) a rapidement « pris acte » de cette décision, tout en se voulant rassurant sur l’état du projet. L’instance olympique estime qu’Edgar Grospiron a posé des « bases solides ». Elle souligne que « les fondamentaux économiques du projet sont solides ». Elle met également en avant l’élaboration d’un « plan directeur des sites robuste ».
Un optimisme à pondérer au regard de la succession de contretemps depuis l’attribution des Jeux aux Alpes françaises à l’été 2024. La première alerte est venue de la constitution même du Cojop. Initialement pressenti, l’ancien biathlète Martin Fourcade avait finalement renoncé à briguer la présidence, évoquant des désaccords profonds sur le mode de gouvernance, la vision du projet et son ancrage territorial. Edgar Grospiron avait alors été choisi en février 2025 pour prendre les rênes de l'organisation.
L'ancien champion olympique de ski de bosses héritait d'un dossier loin d'être finalisé. Budget, carte des sites, transports, gouvernance…, la feuille de route était particulièrement chargée.
Instabilité chronique
Le démarrage aura surtout été marqué par des départs successifs au sein de l'équipe dirigeante. Directrice des opérations, directeur de la communication, président du comité des rémunérations puis directeur général, plusieurs cadres ont quitté le navire en quelques mois.
Le départ du DG Cyril Linette, officialisé en février 2026 sur fond de « désaccords insurmontables » avec Edgar Grospiron, avait constitué un nouveau signal particulièrement préoccupant. La ministre des Sports Marina Ferrari avait alors insisté sur la nécessité de retrouver « une gouvernance stable ».
Cette instabilité n’est pas sans conséquences sur le choix des sites et la préparation des infrastructures. La France doit organiser des Jeux d’hiver éclatés géographiquement, avec des épreuves réparties entre les massifs alpins et le pôle glace de Lyon. Faute d’équipement adapté en France, le patinage de vitesse se déroulera par ailleurs aux Pays-Bas. Une configuration qui complexifie encore la logistique et la coordination du projet.
Au-delà du sport, les Jeux de 2030 peuvent être une formidable vitrine pour les Alpes françaises. Encore faut-il transformer cette exposition en bénéfices durables pour les stations, en attirant de nouveaux visiteurs et en développant la fréquentation hors saison. Un enjeu d’autant plus important que le tourisme de montagne doit déjà s’adapter au changement climatique.
Qui pour reprendre les rênes ?
Le prochain président, qui pourrait être désigné à l’issue de l’assemblée générale extraordinaire (AGE) prévue lundi prochain, devra avant tout rétablir la confiance et remettre le Cojop en ordre de marche. Il lui faudra aussi rassurer les équipes, après les nombreux départs au sein de la direction et des témoignages faisant état d’un climat de travail dégradé.
Plusieurs noms circulent déjà pour succéder à Edgar Grospiron, parmi lesquels l’ancien biathlète Vincent Jay, l’ex-président de la Fédération française de ski Michel Vion ou encore Martin Fourcade, dont le retour serait pour le moins symbolique après son retrait de la course à la présidence début 2025. D’autres profils issus du monde de l’entreprise sont également évoqués, comme Guillaume Pepy, ancien patron de la SNCF, Henri Giscard d’Estaing, ancien président du Club Med, Augustin de Romanet, ex-PDG d’Aéroports de Paris, ou encore Amélie Oudéa-Castéra, ancienne ministre des Sports. Reste à trouver celui ou celle capable de rassembler les différentes parties prenantes et d’accélérer un projet qui a déjà pris du retard. Car le défi qui attend le prochain président est considérable. Le temps presse.
Contraste avec Paris 2024
La comparaison avec la réussite Paris 2024 est inévitable. Tony Estanguet avait bénéficié d’une gouvernance stable et d’un projet plus compact. Alpes 2030 doit, au contraire, composer avec deux régions (Auvergne-Rhône-Alpes ; Provence-Alpes-Côte d’Azur), de nombreux territoires et des sites très éloignés les uns des autres.