Myriam Tord, conseillère voyage au sein de Versailles Voyages, a récemment adressé un devis à un client qui souhaite partir à Florence depuis Bordeaux au printemps 2027. « Je lui ai proposé un vol Volotea pour respecter son budget, tout en lui expliquant les difficultés financières de la compagnie. Si le vol qu’il a choisi est annulé, je le rembourserai intégralement, il ne perdra pas d’argent. Mais il ne pourra pas partir. » Car sur cette rotation, comme sur tant d’autres en région, les compagnies aériennes alternatives sont en nombre limité. Les solutions de re-protection, dans des conditions tarifaires comparables, s’avèrent parfois vaines. « Mon rôle, c’est de bien informer mon client, en toute transparence, pour qu’il décide en connaissance de cause », ajoute Myriam Tord. Les professionnels du voyage n’oublient pas leur responsabilité de plein droit, qui protège les voyageurs.
Reprotéger les clients, au maximum
Comme Bordeaux, d’autres aéroports de province subissent les conséquences des déboires de la low-cost espagnole. À commencer par l’aéroport Nantes Atlantique, « première base de la compagnie en France », se vantait la principale intéressée en 2025.
Eden Tour, qui coiffe 26 points de vente dans l’Ouest de la France, a de nombreux clients au départ de Nantes. Isabelle Jaecques, directrice commerciale du réseau piloté par Yvon Peltanche, témoigne : « Nous avions une cinquantaine de dossiers impactés par les annulations, explique-t-elle. Nous avons pu reprotéger une quarantaine de dossiers. Nos équipes sont habituées aux annulations de vols, et sont même devenues des expertes en la matière, surtout depuis la pandémie de Covid-19 ». Avec la crise sanitaire et les fermetures puis les réouvertures de frontières, les professionnels du voyage ont appris une forme d’agilité en période d’instabilité. L’accompagnement qu’ils offrent aux consommateurs devient un véritable argument de vente.
Concrètement, Eden Tour a passé en revue tous les dossiers comprenant des billets Volotea afin de vérifier le statut du vol, et d’anticiper d’éventuelles re-protection sur une autre compagnie, un autre aéroport ou une destination de remplacement. « C’était plus difficile sur la période des vacances de la Toussaint pendant laquelle, à la dernière minute, les prix s’avéraient parfois exorbitants. »
Les voyagistes ont arrêté les ventes
Quid des vols à venir ? « Notre mot d’ordre, c’est de trouver un plan B », indique Isabelle Jaecques. Comprenez : une autre compagnie aérienne pour limiter les dégâts et le surcroît de travail. Mais ce n’est pas toujours facile, reconnaît-elle. Pour une ville comme Venise, à certaines dates, Volotea demeure imbattable.
Agences de voyages et voyagistes s’organisent au mieux. Des réseaux comme Selectour encouragent les agences à privilégier d’autres transporteurs aériens, sans pousser au refus de vente.
Marine Prost, responsable du réseau de cinq agences Voyages Inglard (Selectour) dans le Pas-de-Calais, travaille essentiellement avec les tour-opérateurs. « Le problème, c’est que presque tous les tour-opérateurs ont arrêté de commercialiser les vols de Volotea, souligne Marine Prost. Nous manquons de destinations à proposer en 2027. Or nos clients veulent partir de Lille. »
Quand un vendeur Voyages Inglard le peut, il incite ses clients à privilégier une autre compagnie comme easyJet ou TUIFly. Quitte à faire partir le lendemain ou à demander un effort budgétaire. « Nous allons par exemple pousser un vol easyJet de Lille vers Marrakech, même si le supplément coûte 150 euros. Nous jouons l’info vérité, dans l’intérêt des voyageurs et pour leur éviter les désagréments d’un vol supprimé. Nous prévenons des difficultés de Volotea et du risque d'annulation. »
Navigation à vue sur 2027
Sous pression financière, la low-cost espagnole réduit la voilure – et laisse de nombreux voyageurs sans solution immédiate. Confrontée à la flambée du kérosène et à une dette de 356 millions d’euros héritée de la crise sanitaire, la low-cost espagnole a engagé mi-septembre une procédure de pré-insolvabilité auprès du tribunal de commerce de Barcelone. En parallèle du redimensionnement de sa flotte, appelée à passer de 44 à entre 30 et 35 appareils, le transporteur a supprimé 10 à 11% de ses capacités hivernales entre novembre 2026 et février 2027, selon les relevés du cabinet Cirium.
Dans une enquête publiée le 20 octobre à partir de plusieurs dizaines de témoignages, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir épingle des remboursements tardifs et des réacheminements laissés aux frais des clients.
Les professionnels du voyage redoutent pour leur part l’année 2027. « Nous avons des réservations de groupes en 2027, ajoute Marine Prost. Si la compagnie fait faillite, nous risquons de perdre notre avance de trésorerie. Nous avons déjà subi un impact important sur notre activité en raison des nombreux dossiers annulés sans possibilité de re-protection. »
Le voyagiste Boomerang reprend la vente de Volotea
Boomerang Voyages fait partie des voyagistes qui avaient stoppé les ventes Volotea, mais il les reprend. « Nous rouvrons les ventes à partir du 15 novembre, pour des départs fin 2026 et 2027 », explique Philippe Sangouard, le directeur du développement de NG Travel (Boomerang). La réouverture concerne principalement les aéroports les moins affectés par les suppressions de vols.
Le voyagiste préfère gérer les annulations plutôt que de sacrifier une part significative de son activité depuis les aéroports en région. Déjà, Boomerang a géré une centaine de dossiers modifiés ainsi qu’une quarantaine de dossiers annulés faute de solution de repli, ce qui a représenté un surcroît de travail considérable en après-vente. « Nous avons essayé de trouver des alternatives. Mais parfois, malheureusement, les suppléments tarifaires étaient dissuasifs. »
« Nous soutenons la compagnie, les régions, et nous ne voulons pas encaisser un recul d’activité conséquent par rapport à N-1 », ajoute Philippe Sangouard. Les acteurs français du voyage espèrent aussi que d’autres transporteurs ouvriront bientôt de nouvelles lignes. Et surveillent la situation. De leur côté, les Entreprises du Voyage suivent l’évolution de la situation. « Nous sommes intervenus auprès de la compagnie, sans retour. Mais nous sommes sur le sujet », assure la présidente Valérie Boned.