« Les problèmes du Louvre ne proviennent pas de ses moyens. Ils proviennent de l’attribution de ses moyens », résume Pierre Moscovici ce jeudi 6 novembre. Le Premier président de la Cour des Comptes présente le rapport de l’instance sur le Louvre, analysant la politique d’investissements du musée de 2018 à 2024. Rédigé avant le casse du 19 octobre, il n’y fait donc pas référence. Mais révèle toutefois des manquements, des négligences, qui ont coûté à la sécurité de l’établissement. « Le vol des joyaux de la Couronne (…) est en effet venu accélérer la fin du calendrier de nos travaux », concède M. Moscovici. Mais de rappeler que le rapport était achevé, et avait atteint la phase de « contradiction » lors du braquage, le 19 octobre. « Les observations que formule la Cour (…) étaient donc établies, ce vol ne venant que renforcer certains constats et recommandations. » De fait, le rapport reproche au musée et à ses directions successives d’avoir « privilégié les opérations visibles et attractives ». Il pointe en particulier "les acquisitions d’œuvres et les réaménagements muséographiques au détriment de l’entretien et de la rénovation des bâtiments et des installations techniques, notamment de sûreté et de sécurité".
Situation alarmante
Entre 2018 et 2024, le Louvre n’a consacré que 87 millions d’euros aux travaux d’entretien, de mise aux normes et de restauration du palais. « Ces montants sont moitié moindres que les 64 millions d’euros consacrés à la rénovation des aménagements muséographiques et les 105 millions d’euros engagés sur ses ressources propres en faveur des acquisitions d’œuvre », pointe le Président dans son discours. Les résultats de ce sous-investissement traduisent une situation alarmante en matière de sûreté. Le schéma directeur d’incendie, mis en œuvre en 2004, n’est toujours pas achevé. L’installation des caméras n’est pas non plus complète. 64% de l’aile Denon – qui abrite notamment La Joconde – en sont équipés seulement. Si, dans son droit de réponse, la direction du musée justifie cette lenteur à l’attente d’un financement d’Etat, la Cour des Comptes rappelle que « le musée dispose de ressources propres abondantes qu’il devrait mobiliser de façon prioritaire pour réaliser ces travaux urgents, sans attendre de l’Etat des financements complémentaires". Et de souligner qu’entre 2018 et 2024, le musée du Louvre a « poursuivi une politique d’enrichissement de ses collections », et acquis 2 754 œuvres – « dont mois d’une sur quatre sont exposées ». Afin de rééquilibrer les dépenses du musée, la Cour des Comptes recommande de supprimer la règle statutaire qui réserve 20% des recettes de la billetterie aux acquisitions. « L’affectation de ces ressources propres aux acquisitions vient toutefois en concurrence avec les besoins de financements de l’établissement dans d’autres domaines, en particulier pour la rénovation du patrimoine immobilier », soulignent les magistrats. Ils recommandent alors vivement de « redimensionner le budget du musée consacré aux acquisitions ».


