Des équipages qui n'apprennent leur destination que quelques heures avant de décoller, des pilotes maintenus à niveau par des vols sans passagers ou des simulateurs : la reprise compagnies aériennes après le pic du coronavirus se fait dans la difficulté. "Il n'y a quasiment plus de plannings fixes mais seulement des astreintes" pour le personnel, a récemment expliqué le patron du premier groupe aérien européen Lufthansa, Carsten Spohr. "Ils savent quand être à l'aéroport et sont informés de la destination avec quelques heures d'avance" seulement, a-t-il ajouté. Ces méthodes jusqu'ici utilisées pour réagir aux cas exceptionnels "sont devenues la norme", a souligné Carsten Spohr. Le défi du redémarrage pour ce secteur est immense. Pendant plus de deux mois, il s'est mis pratiquement à l'arrêt avec, dans le cas de Lufthansa, une offre de vols comparable celle des années 1950, soit 3 000 passagers quotidiens au lieu de 350 000.
Les algorithmes sont perdus
Problème : le secteur du transport aérien n'a plus aucune visibilité sur la demande ou sur les liaisons qu'il va être possible à court terme de rouvrir. Du coup l'intelligence artificielle, très utilisée avant la crise pour la planification, est remisée au placard : "les données rassemblées pendant des décennies sont inutilisables, au moins dans un futur proche" et "il faut tout réapprendre" à l'algorithme, affirme le directeur financier Thorsten Dirks. Dans l'intervalle, l'intelligence humaine est "plus rapide et flexible", ajoute-t-il. Certains vols, comme le premier prévu en direction de l'Inde, sont annulés la veille pour le lendemain par manque d'autorisation d'atterrissage. Pour d'autres au contraire, la demande s'avère trop importante au dernier moment. Lors du weekend de la Pentecôte, le patron de Lufthansa avait réservé en vue de partir avec sa famille pour un long weekend de Pentecôte, pour finir par se retrouver sur une liste d'attente de 70 personnes. Il a fallu "tout d'un coup rajouter un deuxième avion en parallèle", explique Carsten Spohr.

