Après plusieurs mois d'avertissements restés sans réponse satisfaisante, la menace d'un conflit social d'envergure se concrétise dans le ciel français. Réunies en front commun, cinq organisations représentatives des personnels navigants techniques et commerciaux (SNPL, UNSA PNC, SNPNC-FO, SNGAF et UNAC) appellent l'ensemble des navigants des compagnies régies par le droit français à cesser le travail du samedi 17 octobre au mercredi 21 octobre 2026.
Cet appel à cinq jours consécutifs d'arrêt d'activité marque l'aboutissement d'un bras de fer engagé dès le début de l'été. Les syndicats de navigants attendaient alors un arbitrage décisif de l'exécutif au sujet de l'application, fixée au 1er janvier 2027, de la réforme du cumul emploi-retraite (CER). Selon les représentants professionnels, ce mécanisme, aligné sur les critères du régime général, ignore les particularismes du métier : un contrôle d'aptitude médicale particulièrement strict et une limite d'âge réglementaire imposée par le code des transports.
Menace d'absorption
Au-delà de cette échéance, le conflit s'enracine dans la défense de la Caisse de retraite du personnel navigant (CRPN), qui gère la retraite complémentaire de quelque 36 000 actifs et 25 000 pensionnés.
Fin 2025, un rapport de la Cour des comptes pointait le coût et le caractère avantageux de ce régime autonome, redoutant l'érosion de ses réserves financières face à la hausse des départs.
Les syndicats expliquent pour leur part que la CRPN est intégralement financée par les navigants et les employeurs, sans contribution de l'État. Ils dénoncent un projet gouvernemental de plafonnement des pensions et perçoivent dans ces réformes successives, dont l'éventuel transfert du recouvrement des cotisations vers les Urssaf, une menace d'absorption progressive de leur régime.
Risque opérationnel et financier
Face aux propositions de l'exécutif – une circulaire administrative prévoyant une exemption partielle -, l'intersyndicale exige une sanctuarisation de leurs statuts, comparable aux dispenses formelles accordées aux pilotes de la sécurité civile et des évacuations sanitaires.
Si les organisations se disent prêtes à négocier avant l'échéance d'octobre, la perspective de ces perturbations fait peser un lourd risque opérationnel et financier sur les compagnies aériennes. Au regard du règlement européen CE 261/2004, une grève interne des navigants ne relève pas de la circonstance extraordinaire : en cas d'annulations ou de retards majeurs, les transporteurs s'exposent directement au versement d'indemnisations forfaitaires comprises entre 250 et 600 euros par passager.