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À Istanbul, François Gemenne invite le tourisme à « voyager autrement »

Professeur à HEC Paris, où il dirige le master « Sustainability and Social Innovation », coauteur du GIEC, François Gemenne a plaidé devant les adhérents de EDV Centre Ouest et Sud Ouest, réunis le 3 octobre en convention à Istanbul, la nécessité d’apprendre à « voyager autrement ».

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OM

Olivier Mirguet

4 octobre 2026Mis à jour le 04/10/20263 min de lecture

François Gemmene
François Gemmene, coauteur du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), à Istanbul© Olivier Mirguet

« Il ne s'agit pas de contester l'empreinte carbone du touriste et de dire que ce n'est pas grave. Il faut absolument qu’il en aie pour son argent, mais aussi pour son empreinte carbone », expose François Gemenne.

Pour conforter son propos, le spécialiste des questions climatiques et migratoires, invité régulier des plateaux télé, propose de tenir compte de l’utilité sociale du vol. « Prenez deux passagers d'un Paris-New York. L’un part en week-end de shopping, l'autre pour une année d'études dans une université américaine. L'empreinte carbone va être exactement identique, mais l'utilité sociale du vol, non ». D'où une pique contre les séjours en club de vacances. « Ça ne sert à rien de courir au bout du monde si vous voyez rien du pays dans lequel vous êtes », dénonce François Gemenne.

Décarboner l'aérien, chantier par chantier

Le transport pèse, selon François Gemenne, 75% des émissions du tourisme, dont l'aérien en premier poste. L’expert du GIEC cite des leviers concrets : réduire le temps de taxi sur le tarmac, opérer des descentes plus directes vers la piste d’atterrissage, et surtout réduire les traînées de condensation, car « elles sont aussi néfastes que la consommation de kérosène, mais 98% d’entre elles sont produites par 3% des vols ».

Sur les carburants durables, « le SAF va rester un élément d'équation », mais « il ne faut pas tout miser là-dessus ». François Gemenne redoute aussi le moment, potentiel à ce stade, du basculement vers les motorisations à hydrogène sur les long-courriers. « Les compagnies vont devoir renouveler leurs flottes. Et pendant ce renouvellement, on pourrait bien avoir une aviation à deux vitesses, où les riches voyageront sans polluer et où les plus modestes porteront le poids de la culpabilité parce qu’ils devront continuer d’emprunter les anciens avions ».

Un secteur sommé de rendre des comptes

L'aérien représente « autour de 5% » des émissions mondiales, a rappelé François Gemenne.

Les trois quarts des vols étant touristiques, « l'aérien touristique représente à peu près 3,5 à 3,6% des émissions mondiales des gaz à effet de serre ».

Cette part va augmenter, les autres secteurs étant appelés à se décarboner plus vite. « Le secteur touristique sera en quelque sorte dans les radars de plus en plus souvent », prévient François Gemenne. D'où la nécessité de « montrer à quel point le tourisme est bénéfique ».

Faire du voyage une source d'inspiration

François Gemenne anticipe d’autres mutations. « La question de la saisonnalité va bouger. Il deviendra plus intéressant de « faire partir les touristes une fois, longtemps, de faire un circuit dans un pays plutôt que trois fois une semaine ». A l'image des Vélib' (vélos en libre service), adoptés par les touristes à Paris avant d’être copiés par d’autres capitales dans le monde, il veut faire du voyage « une source d'inspiration ».

François Gemenne avait déjà défendu « l'utilité sociale des vols long-courriers lors d'un congrès du Syndicat des entreprises du tour-operating ».

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