France : les retombées touristiques inégales de la Route du Rhum

Avec plus d'un million de visiteurs attendus pour la 13e édition de la Route du Rhum à Saint-Malo, les commerçants espèrent des retombées économiques, même si des restaurateurs intra-muros regrettent la concurrence grandissante du village événementiel installé pour la course.

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AFP

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2 novembre 20263 min de lecture

Route du Rhum Saint Malo
Plus la Route du Rhum prend de l'ampleur, moins les commerçants de Saint-Malo intra-muros en profitent.© Lou Benoist/AFP

Selon une étude réalisée par le cabinet EY pour la ville de Saint-Malo, l’édition 2022 de la Route du Rhum a généré 29,1 millions d'euros de retombées économiques directes. « C'est très concentré sur le pays malouin mais en terme d'image c'est un rayonnement incroyable », souligne Jessica Viscart, directrice adjointe de Tourisme Bretagne. Selon EY, en 2022, c'est l'équivalent de 266 millions d'euros d'achat d'espaces publicitaires avec près de 60 000 publications médias qui ont été engendrés.

Le village de la Route du Rhum avait accueilli sur 70 000 m², au pied des remparts de la ville, 220 exposants et 1,5 million de visiteurs (+15% par rapport à 2018). « L'idée n'est pas de continuer à accueillir plus mais mieux », assure Nicolas Belloir, adjoint au maire de Saint-Malo en charge des finances. Il promet ainsi que le village « n'est pas agrandi par rapport à l'édition 2022 ». « C'est un événement populaire, on ne peut pas envisager une entrée payante », selon lui, « c'est sans doute ce qui explique en partie son succès ».

« Le village est tellement grand et bien, il y a tout, les gens viennent moins intra-muros »

Selon l'étude, 65% des visiteurs sont originaires de Bretagne mais les retombées économiques proviennent à 88% des visiteurs extérieurs à la région dont le séjour est plus long. Dans la crêperie « La Duchesse Anne », située à l'entrée de la ville intra-muros, Guylène Pinson, la gérante, prépare son établissement. « On va jouer le jeu », explique-t-elle au milieu de ses serveurs qui arborent un t-shirt floqué « Route du Rhum-Destination Guadeloupe ». Mais au fil des éditions, la restauratrice note qu'au village, « il y a de plus en plus de couverts et d'animations ». « Le village est tellement grand et bien, il y a tout, les gens viennent moins intra-muros », selon elle.

« C'est le grand écart dans les retombées économiques », estime Anthony Rambaud, vice-président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) Côte d’Émeraude. « Du point de vue image, l'événement est ultra porteur pour notre territoire », reconnaît-il, « et pour l'hôtellerie, il n'y a pas de souci ». En ce qui concerne « la restauration, bars et monde de la nuit, les retombées sont un petit peu différentes, parce que le village devient concurrentiel aux commerces intra-muros et à la Côte d'Émeraude », déplore le syndicaliste. D'autant plus que cette année, le village propose des nocturnes jusqu'à 1h du matin.

« Ça perd un peu l'âme du début »

Sur les 29,1 millions d'euros de retombées en 2022, 9,7 millions d'euros ont bénéficié à la restauration, 8,7 millions d'euros à l'hébergement, 4,2 millions d'euros aux transports (principalement les parkings) et 3,8 millions d'euros aux commerces. « Il y a quatre ans, on a eu un vrai impact sur les trois derniers jours seulement, avec 2 000 euros de plus par jour environ », explique la propriétaire d'une crêperie qui souhaite rester anonyme. Elle a toutefois embauché cette fois une serveuse et un crêpier supplémentaires pour l'évènement.

Une brasserie du village « va avoir 1 000 couverts, on n'est plus sur quelques food trucks », regrette Anthony Rambaud. « Ça perd un peu l'âme du début, où il y avait des vrais échanges avec intra-muros, avec tout le territoire. Il y avait un vrai village ouvert, on retrouvait les marins dans les établissements le soir, ils dînaient dans les restaurants. » Il souligne également un ralentissement de fréquentation intra-muros pendant le montage et le démontage du village faute de places de parking pour les visiteurs.

De l'autre côté de l'Atlantique, en Guadeloupe, à l'arrivée de la course, une étude d'impact de l'Observatoire régional (DOREIG) estime que les visiteurs en 2022 ont dépensé 26,9 millions d'euros. « Pour un euro investi, nous en récupérons cinq », estime Denis Céleste, directeur des affaires économiques de la région Guadeloupe.

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