En colère contre Airbnb, des hôtes parient sur GreenGo et la vente directe
« Depuis vendredi dernier, nous recevons plusieurs centaines de demandes d’inscription par jour », indique Guillaume Jouffre, le DG-cofondateur de la plateforme française GreenGo. Exaspérés par les nouvelles règles d’Airbnb, des hébergeurs touristiques cherchent des alternatives pour trouver des clients, dont la vente directe.
Entre les changements de commissions et les nouvelles règles dévoilées la semaine dernière, Airbnb provoque l'ire de nombreux hôtes. « Nous voyons une colère sans précédent des hébergeurs touristiques à la suite des annonces d’Airbnb, explique à L’Écho touristique Guillaume Jouffre, le DG-cofondateur de la plateforme GreenGo. Depuis vendredi dernier, nous recevons plusieurs centaines de demandes d’inscription par jour. Ce rythme dépasse de loin tout ce qu’on a pu connaître dans le passé. »
GreenGo indique accepter environ 70% de l’ensemble des demandes qualifiées. La plateforme privilégie les hébergements bien notés qui offrent une expérience originale, et reconnaît avoir assoupli ses critères de durabilité depuis l’an dernier.
« La goutte d'eau qui a fait déborder le vase »
Quel est le profil des hébergeurs qui s'inscrivent ? « Il s'agit généralement de petits hébergeurs qui louent des gîtes ou proposent des chambres d'hôtes. Certains sont professionnels, d'autres particuliers. Beaucoup ont le sentiment de ne plus se reconnaître dans le modèle actuel d'Airbnb, qui était auparavant davantage axé sur les échanges humains. Le nouveau barème de commission déployé en octobre a également contribué à leur mécontentement. Les annonces de la semaine dernière ont probablement été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. »
Pour autant, GreenGo ne promet pas la poule aux œufs d’or aux nouveaux hôtes. Son cofondateur table sur « plusieurs dizaines de milliers de réservations en 2026 », pour plus de 100 000 nuitées. Les grandes plateformes américaines de réservation d’hébergements disposent de moyens marketing autrement plus élevés, reconnaît-il. « Le budget marketing annuel cumulé de Booking, Airbnb et Expedia atteint environ 20 milliards de dollars. Nos moyens sont environ 20 000 à 25 000 fois inférieurs. »
La plateforme française, dont 90% des clients sont français, compte sur les hébergeurs pour améliorer sa notoriété. « Si les hébergeurs touristiques veulent renforcer leur indépendance à l'égard des plateformes américaines, ils doivent promouvoir des alternatives françaises comme GreenGo auprès de leurs voyageurs. » Guillaume Jouffre a mis en place, à leur intention, un système de parrainage.
Son taux de commission atteint 14% TTC (11,67% HT) hors taxes, facturée uniquement à l'hébergeur. « Nous avons choisi ce modèle dès le départ, par souci de transparence. Quand Airbnb appliquait une commission aux hôtes comme aux voyageurs, cela créait de la confusion des deux côtés. »
Le groupe californien a récemment adopté un modèle de commission facturée uniquement aux hébergeurs (15,5% HT, soit 18,6% TTC), ce qui constitue un standard de marché. Pour Clément Eulry, directeur France et Benelux d'Airbnb, ce changement, qui accompagne son ouverture aux hôtels, apporte plus de « transparence ».
La tentation de la vente directe
Sur les réseaux sociaux, plusieurs hôtes ne cachent pas leur amertume envers les nouvelles méthodes du groupe, notamment ce changement de commissions qui pénalise aussi, sur le plan fiscal, les loueurs au régime micro-BIC.
« Airbnb présente cette réforme comme une simplification et une meilleure transparence des prix, réagit Franck Mariani. Mais sur le terrain, elle risque surtout d'accentuer la pression tarifaire entre les hébergeurs, au détriment de la rentabilité et, à terme, de la qualité de l'offre. Un prix plus lisible ne signifie pas nécessairement un prix plus juste, ni une meilleure rentabilité pour les hôtes. »
Fanny Rosette Attia, elle, regrette la professionnalisation du groupe. « Dommage qu’Airbnb finisse par jouer dans la cour des grosses entreprises cotées en Bourse et oublie nos débuts ensemble et les raisons de cette création. L’humain était l'essentiel. »
Airbnb de plus en plus utilisé comme comparateur ?
De son côté, Catherine Aubert parie sur l’essor de ses ventes directes. « Il suffit de chercher le nom de mes gîtes et de passer en direct, c'est bien moins cher, rappelle-t-elle. Je précise que je suis en pro enregistré au registre du commerce donc dans le respect des droits de locations saisonnières. »
Même son de cloche chez Chris Bevi. « Dès que nous pouvons louer en dehors, nous le faisons, souligne-t-il. Nous fidélisons les clients, nous avons nos propres sites. Et franchement ça fait plaisir de pouvoir éviter ces plateformes... Ça c'est le vrai combat à mener ! Les clients et les hôtes y gagnent. »
De là à penser qu’Airbnb, Booking ou Abritel/Expedia pourraient se transformer en comparateurs, il n’y a qu’un pas. « Toute personne souhaitant faire une réservation à partir du nom et de la ville du bien à louer peut facilement le trouver en direct et éviter les frais exorbitants que prennent ces plateformes », commente Denis Mimoun. Comme un message adressé aux voyageurs. C’est aussi contre la réservation directe que le géant de la location saisonnière Airbnb devra se battre dans les prochaines années, pour ne pas perdre de parts de marché.