L’Écho touristique : Airbnb change de mode opératoire en France ce 13 octobre. Avant, la commission était de 3% pour l’hôte et de 14% à 16 % pour le voyageur. Maintenant, c’est une commission unique, de 15,5% en général, supportée uniquement par l’hôte. Pourquoi avoir changé de modèle ? Est-ce simplement pour vous aligner sur la concurrence ?
Clément Eulry : Ce n’est pas la raison principale, même si c’est désormais un standard du marché.
Dans l’ancien modèle, les frais étaient alloués en petite partie aux hôtes et en plus grande partie aux voyageurs. Conséquence : plusieurs hôtes, en France comme dans d’autres pays, s’étonnaient de voir sur leur annonce Airbnb un prix différent du prix qu’ils avaient fixé. Le système précédent manquait de clarté. Dans le même temps, les voyageurs nous disaient qu’ils voulaient des prix transparents, sans frais qui s’ajoutent : tout compris dès l’affichage. Nous avons donc décidé, au niveau mondial, de faire en sorte que les hôtes et les voyageurs voient de bout en bout le même prix. L’enjeu, c’est la transparence pour tous. Il est désormais plus facile de comparer une annonce aux autres offres d’hébergement de proximité et d'adopter une tarification compétitive. Nous accompagnons ce changement, qui n’est pas indolore pour tout le monde.
Des hôtes français déplorent effectivement une perte de revenus et plus d’impôts. Avec le nouveau modèle, le chiffre d’affaires fiscal de l’hôte augmente d’environ 15% pour un revenu net identique avec le statut du micro-BIC, regrettait une conciergerie sur LinkedIn. Les meublés touristiques se rapprochent ainsi plus vite du plafond de 15 000 euros de recettes pour le statut du micro-BIC. Que leur répondez-vous ?
Clément Eulry : Ils ont raison. Il y a une spécificité française : la taxation sur les revenus de la location de meublé touristique se fait sur les revenus bruts avec le statut du micro-BIC. Quand la commission est désormais entièrement supportée par l’hôte et non plus partagée, l’assiette brute augmente. Cela concerne les hôtes au micro-BIC et qui n’étaient pas déjà sur des frais uniques. Il y a donc un premier impact potentiel, de quelques pourcents d’augmentation de l’assiette pour les hôtes français, qui sont imposés sur leurs revenus bruts, ce qui n’est pas le cas dans l’écrasante majorité des pays.
Mais d’une part nous les accompagnons. D’autre part, nos estimations et l’expérience de pays voisins comme l’Angleterre et l’Allemagne nous font projeter un bénéfice à terme : la transparence accrue sur les prix a engendré plus de réservations dans ces pays où le modèle des frais de service uniques est activé depuis trois mois. Mon espoir, c’est que nous observions les mêmes effets : une augmentation des revenus qui compense l’augmentation fiscale de quelques pourcents.
« J’ai bien conscience de l’impact du changement, je ne le sous-estime pas. J’espère que les hôtes trouveront désormais des solutions pour maximiser leurs revenus. »
Finalement, le changement de modèle affecte surtout les hôtes qui louent peu ?
Clément Eulry : Les professionnels, qui passent par des logiciels de gestion, sont déjà depuis longtemps sur ces frais unifiés de 15,5%. Ils connaissent exactement le prix qu’ils fixent aux voyageurs, contrairement aux 90% d’hôtes occasionnels sur la plateforme Airbnb.
Quel pourcentage d’hôtes français sont au micro-BIC ?
Clément Eulry : Nous ne savons pas exactement, puisque ce sont eux qui déclarent leurs revenus. Ce qui est sûr, c’est que le revenu médian d’un hôte en France atteint 4 300 € brut par an en 2025. La majorité des hôtes génèrent ainsi des revenus en dessous du seuil de 15 000 euros pour les meublés non classés - et de 83 600 euros pour les meublés classés. Ils sont donc éligibles au micro-BIC, sans forcément y être : certains sont déjà passés au régime réel.
Pour une minorité proche du seuil, la hausse de l’assiette peut les faire passer au-dessus. Mais il faut dépasser le seuil deux années de suite avant de devoir passer au régime réel. Ce n’est donc pas immédiat.
Comment accompagnez-vous les hôtes ?
Clément Eulry : Nous avons informé les hôtes mi-juillet et proposé un webinaire cet été. Nous avons créé un guide d’accompagnement et un outil d’ajustement automatique des prix pour le maintien des revenus. Airbnb a aussi organisé un récent webinaire avec Deloitte Avocats, auquel 3 000 hôtes ont participé. Ce webinaire sera renvoyé à tout le monde pour réexpliquer le mécanisme, ses conséquences potentiellement positives, l’impact fiscal possible et les solutions selon la situation de chacun. Parmi ces solutions figure le passage au régime réel, le classement du logement pour un abattement plus élevé. Pour autant, j’ai bien conscience de l’impact du changement, je ne le sous-estime pas. J’espère que les hôtes trouveront désormais des solutions pour maximiser leurs revenus.