Tourisme : l’industrie qui pèse près de 10% du PIB mondial est-elle à l’abri des crises ?
Le tourisme a pesé 11 600 milliards de dollars en 2025, soit 9,8 % du PIB mondial, une manne qui devrait progresser de 47% dans dix ans, selon le WTTC. Mais la guerre au Moyen-Orient, la hausse du kérosène, le surtourisme, le climat et l’IA bousculent le secteur, ont rappelé les acteurs de l’industrie au forum A World for Travel (AWFT), à Paris.
Quelle est la santé du secteur du tourisme ? Malgré le contexte économique et géopolitique, les perspectives restent prometteuses. En 2025, le tourisme a contribué à hauteur de 11 600 milliards de dollars, soit 9,8 % du PIB mondial, a souligné jeudi le World Travel & Tourism Council (WTTC) lors du forum A World for Travel à Paris. Ce montant devrait croître de 2,5% en 2026 et continuer sur sa lancée. « À l’horizon 2036, l’industrie générera 17 100 milliards de dollars », estime Maribel Rodríguez, vice-présidente exécutive chargée des destinations au sein du WTTC. Soit une progression de 47%...
« L'envie de voyager atteint des sommets », a commenté Didier Bréchemier, le responsable mondial Transport, voyages et logistique du cabinet Roland Berger. « Mais les budgets diminuent. La sécurité favorise aussi les destinations proches. Les voyageurs privilégient leurs passions plutôt que les lieux emblématiques. Il faut donc élaborer des offres en fonction de leurs centres d’intérêt, et pas seulement des sites touristiques. » Tout en veillant au bon rapport qualité-prix.
Un tourisme mal réparti
Derrière les chiffres mondiaux se cachent des inégalités et des défis d’ampleur. Le tourisme ne ruisselle pas dans tous les pays. Loin s’en faut. La France reçoit ainsi plus de touristes internationaux que l’Afrique tout entière… L’Afrique fait notamment face à un important problème de connectivité. « D’Angola au Nigeria, il faut passer par l’Afrique du Sud », a illustré Ekaterina Vasileva, directrice adjointe, marketing, fidélisation et CRM au sein de Radisson Hotel Group.
D’origine nigériane, Ola Wright rêve que son pays se détourne enfin du pétrole pour s’intéresser au tourisme. Cette directrice générale de l'Organisation du tourisme de l'Afrique de l'Ouest (WATO) milite à cette fin pour une collaboration renforcée dans le tourisme, non pas au niveau d’un pays mais de plusieurs.
Face au surtourisme, « il faut agir dès maintenant sur les capacités d'accueil et la saisonnalité », a aussi affirmé lors du forum AWFT Didier Bréchemier. Le changement climatique influence d’ailleurs les comportements, sans supprimer les départs estivaux : 86% prévoient toujours de voyager entre juin et septembre*. L’intelligence artificielle (IA) est une révolution autrement plus rapide et profonde. Déjà, 69% de la génération Z l’utilise pour planifier ou pendant son séjour (11% des baby-boomers), selon une étude Booking.com.
Ce conflit entraîne aussi et surtout une hausse du prix du kérosène, qui renchérit notamment les vols long-courriers… Jusqu’où les Français et les autres voyageurs sacraliseront-ils leurs voyages ? Les autres moyens de transport que l’avion, eux, ne sont pas forcément plus économiques. Comme l’a rappelé Guillaume de Marcillac, cofondateur de Pegasus Trains, le prix est un facteur d’achat décisif : même si le train génère environ vingt fois moins d’émissions de CO2 et qu’il est apprécié des voyageurs, le client va parfois choisir l’avion pour sa compétitivité tarifaire. Pour ONU Tourisme, l’augmentation du pétrole et des coûts, qui impacte le pouvoir d’achat et le budget transport en avion comme en voiture, réorientera la demande vers des destinations plus proches.
Un tourisme de solutions
Le forum AWFT a également été l’occasion d’aborder les conséquences du réchauffement climatique et la vulnérabilité de la planète.
Sur le littoral mauricien, l’érosion des plages est « plus rapide que prévu », a reconnu Clency Roméo, responsable du développement durable chez Sunlife. Les conséquences sont dommageables pour le tourisme comme pour la population locale, a-t-il ajouté.
Des problèmes peuvent aussi générer des opportunités, ont par ailleurs témoigné des professionnels. « 73 % des populations d'animaux sauvages ont vu leurs effectifs diminuer depuis 1970, selon le WWF », a relevé Daniel Turner, fondateur et directeur d’Animondial. « Mais il y a de l’espoir. Le tourisme peut également contribuer à la préservation de la nature, à travers des expériences touristiques ».
Dans le même esprit, Gibraltar veut croire en un tourisme raisonné qui préserve la biodiversité. « Nous voulons être sûrs d’avoir une industrie qui protège la nature », a assuré Christian Santos, ministre de l’Égalité, de l’Emploi, de la Culture et du Tourisme de Gibraltar. Le territoire britannique a créé un parc national en 1993, qui couvre 36% de sa superficie, connu pour ses macaques, ses circuits pédestres et ses oiseaux migrateurs. Il s’agirait du site touristique le plus fréquenté du Rocher.
*Source : Commission européenne du tourisme, Suivi du sentiment à l'égard des voyages intra-européens, vagues 24 et 25 (2026)