Il est "quasi impossible" pour une compagnie aérienne à bas coût comme Transavia France d'être rentable avec un kérosène aussi cher, estime son directeur général Olivier Mazzucchelli, dans un entretien avec l'AFP. Cette filiale d'Air France-KLM mise, comme ses concurrents, sur des avions plus modernes, qui consomment donc moins, avec la livraison prévue de cinq Airbus A321neo au premier semestre 2027.
Le prix élevé des billets d'avion n'empêche pas un trafic record. Comment s'est passé l'été pour Transavia?
Olivier Mazzuchelli : On a eu des taux de remplissage très importants. Nos destinations méditerranéennes ont très bien fonctionné, avec un changement à cause de la guerre entre Iran, États-Unis, Israël et Liban. L'Égypte, la partie la plus orientale de la Grèce, Chypre, ont souffert. Il y a eu un report à l'ouest, vers l'Afrique du Nord ou dans les Cyclades. Et l'Espagne, l'Italie sont des pays qui ont cartonné. Et puis, ce qui est intéressant de voir, c'est que des destinations scandinaves ont bien marché, avec des voyageurs qui sont allés chercher la fraîcheur. Relative, car là aussi, il a fait très chaud.
Avec des coûts en carburant aussi élevés, comment rentabilise-t-on une compagnie à bas coût?
Olivier Mazzuchelli : C'est quasi impossible. Les niveaux de recettes sont très bons en juillet et août. Mais ces niveaux de coûts, à cause uniquement du cours du pétrole, sont bien plus élevés que ceux qu'on avait inscrits dans notre budget. Et ils vont encore plus nous toucher dans la période de creux d'activité qui arrive, jusqu'à Noël finalement, Toussaint excepté. On n'a pas la possibilité d'offrir des prix complètement élastiques avec l'augmentation du prix du pétrole.
Votre principal recours est-il d'avoir une flotte plus économe en carburant?
Olivier Mazzuchelli : Un appel d'offres a eu lieu en 2022 pour un renouvellement de la flotte moyen-courrier des Boeing 737 de KLM, de Transavia Pays-Bas et Transavia France. Pour pas mal de raisons, on a décidé de convertir la flotte Boeing en flotte Airbus. C'est un avion qui émet 16% de CO2 en moins, qui consomme 16% en moins. En ce moment, c'est clairement appréciable. Nous avons 31 Airbus sur une flotte de 96 appareils, et nous annonçons que nous allons recevoir cinq 321neo, ce qui n'était pas le plan initial, à partir de mars 2027. Cet avion de 232 sièges offre un coût unitaire plus intéressant pour nous. Il y a une demande des clients, par exemple sur Paris-Beyrouth en dehors des conflits, qui est très importante. Donc là, ça a du sens de mettre un avion qui offre plus de capacités, et de le remplir, avec des recettes qui nous permettront d'optimiser notre résultat d'exploitation.
Quels sont les autres moyens de consommer moins de kérosène et émettre moins de CO2?
Olivier Mazzuchelli : Il y en a plusieurs. On mise aussi sur les carburants d'aviation durable, les fameux SAF. Transavia s'inscrit dans la politique du groupe Air France-KLM. On fait aussi tout ce qu'on peut pour être les plus efficaces possible dans nos trajectoires. Ça c'est plus à notre main, ce qu'on appelle l'éco-pilotage. On a investi beaucoup notamment dans l'IA pour nous aider à optimiser les plans de vol. Ce sont des gains de 2 à 3% de consommation par an, ce qui n'est vraiment pas négligeable. Et puis il y aurait un potentiel, avec un ciel unique européen. C'est le vœu pieux de pas mal d'acteurs. Dans les trajectoires d'avions, la suppression des frontières apporterait un gain monumental en carburant. De l'ordre de 20%. C'est dommage que l'Europe n'arrive pas à faire tomber les barrières politiques qui nous le permettraient.