Près de six mois après son entrée en vigueur, le système d’entrée et de sortie de l’Union européenne (EES) continue de susciter une vive contestation chez les transporteurs et les gestionnaires de plateformes. ACI Europe, qui fédère les aéroports du continent, et l’association des compagnies Airlines for Europe (A4E) ont présenté, ce lundi, un plan d’urgence en six points à la Commission européenne et aux Etats membres, réclamant des ajustements réglementaires et techniques immédiats.
Doublement des temps d'attente
Déployé pleinement le 10 avril 2026 dans les 29 pays de l’espace Schengen, l’EES remplace le traditionnel tamponnage des passeports par un enregistrement numérique biométrique (reconnaissance faciale et empreintes digitales) pour les ressortissants d’États tiers en séjour court. Conçu pour renforcer la sécurité extérieure et repérer les dépassements de séjour, le dispositif engendre toutefois d’importants goulets d’étranglement dans les structures aéroportuaires.
Les perturbations observées depuis le printemps se confirment avant tout dans les chiffres : une enquête publiée le 11 août 2026 par le quotidien britannique The Financial Times, en collaboration avec la société d’analyse de données de voyage Qsensor, indiquait déjà un doublement des temps d’attente maximaux dans plusieurs aéroports majeurs en juillet. Les délais atteignaient alors 120 minutes à Francfort, contre 60 un an plus tôt, 120 minutes à Amsterdam contre 80, et 60 minutes à Munich, contre 31.
Défaillances structurelles
Selon les organisations professionnelles, les délais dépassent désormais couramment deux heures aux heures de grande affluence, et grimpent jusqu’à cinq heures dans les cas les plus critiques. Des engorgements qui provoquent retards, correspondances manquées et tensions accrues sur les personnels au sol, insistent ACI et A4E.
Ces blocages relèvent désormais de défaillances structurelles et non plus de simples difficultés de rodage, selon les organisations, qui pointent du doigt un sous-effectif des forces de police aux frontières, l’instabilité récurrente des infrastructures informatiques, le déploiement insuffisant des sas de contrôle automatisé ainsi que les limites de l’application mobile de préenregistrement « Travel to Europe ».
Et de réclamer, dans un plan en six points, l’élimination des doubles vérifications, l’optimisation des contrôles biométriques, la suppression des profils en doublon et l’accélération du déploiement des sas autonomes pour les voyageurs tiers. Surtout, les professionnels demandent le rétablissement permanent d’une clause de sauvegarde, qui permettrait aux autorités locales de suspendre provisoirement le contrôle biométrique lors des pics de saturation, à l’image des flexibilités temporaires accordées l’été dernier. Tout en saluant le gain sécuritaire apporté par l’EES, l’industrie estime qu’un dispositif frontalier ne peut être viable sans préserver la fluidité opérationnelle des flux de passagers.