Insolite : les passagers d'une croisière abandonnés en escale au Cambodge

Plus de 200 passagers qui avaient payé pour vivre à bord d'un bateau de croisière - certains pour fuir le sol américain pendant le mandat de Donald Trump - ont été débarqués puis abandonnés lors d'une escale dans le port de Sihanoukville, au Cambodge.

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AFP

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29 octobre 20264 min de lecture

The Odyssey Villa Vie Residences
Villa Vie Residences promettait une véritable « croisière résidentielle » à bord de l'Odyssey (photo).© Villa Vie Residences

L’Odyssey, un paquebot de près de 200 mètres, avait quitté l'Irlande du Nord en octobre 2024 pour un voyage au cours duquel les résidents pouvaient acheter ou louer des cabines pour des vacances ou pour la vie, certains passagers ayant même vendu tous leurs biens pour pouvoir se le permettre. Mais lors d'une escale prévue dans le port cambodgien de Sihanoukville, les passagers n'ont eu que sept heures pour faire leurs valises et partir, selon Long Dimanche, vice-gouverneur de la province de Preah Sihanouk (sud). Dans un communiqué, il a indiqué que 203 passagers et 156 membres d'équipage étaient arrivés à bord du navire battant pavillon des Bahamas le 23 octobre en provenance de Thaïlande, et devaient se rendre au Vietnam. Certains passagers ont pris des vols pour quitter les lieux tandis que d'autres sont restés dans la ville, a-t-il précisé, ajoutant que le navire lui-même devait faire le plein et repartir le 31 octobre.

« C'était génial... pendant un certain temps »

L'Américain Randy Cassingham et sa femme Kit étaient à bord du navire depuis son départ de Belfast en octobre 2024, après avoir déboursé environ 1 million de dollars pour ce voyage tout compris qu'ils espéraient voir durer au moins quinze ans. « C'était génial... pendant un certain temps », raconte Randy Cassingham au téléphone depuis son hôtel de Sihanoukville.

« Ma femme et moi, nous aimons vraiment voyager. Mais nous détestons les aéroports et les compagnies aériennes. C'était une façon de ne faire sa valise qu'une seule fois, (...) et de se réveiller dans un nouvel endroit presque tous les jours. » Débarqué de force au Cambodge, il affirme ne rien regretter, disant que, « indépendamment de l'argent, ce fut une aventure fantastique ». Carol Larson, une Californienne de 69 ans, a expliqué avoir initialement payé 120 000 dollars pour sa cabine – sans compter les frais d'entretien mensuels – pour un voyage qui devait durer quinze ans ou la durée de vie du navire. Mais au bout d'un an et demi seulement, elle et une amie se trouvent désormais « coincées » à terre, à Sihanoukville.

Donald Trump et « une comptabilité pas très saine » pointés du doigt

« Je mets la plus grande part de responsabilité sur (le président américain Donald) Trump » pour la guerre au Moyen-Orient. « Mais il y a probablement aussi eu une comptabilité pas très saine », a-t-elle jugé. Malgré tout, le voyage en « valait largement la peine ». Selon Randy Cassingham, qui tient un blog consacré aux croisières, l'ordre de débarquement a fait suite à une « cascade de problèmes ». Dans un article intitulé Abandonnez le navire !, il raconte que le lancement à Belfast avait été retardé de quatre mois, et que le navire n'avait jamais atteint sa capacité maximale de 650 résidents, le nombre maximal s'élevant à environ 350.

L'opérateur américain du paquebot, Villa Vie Residences, a annoncé mardi avoir « suspendu ses activités au Cambodge » alors qu'il s'efforce de faire face à des « hausses exceptionnelles » des coûts de carburant suite à la guerre en Iran. Villa Vie a indiqué que les dépenses mensuelles de carburant par cabine étaient passées d'une moyenne de 1 800 dollars à un montant estimé entre 6 000 et 8 000 dollars dans certaines régions d'Asie.

« Ils n'arrêtaient pas de nous demander encore, encore et encore de l'argent »

« L'entreprise ne peut pas simplement répercuter des hausses d'une telle ampleur sur les résidents, et le déficit qui en résulte a soumis son modèle d'exploitation actuel à une pression financière insoutenable », a-t-elle affirmé. Barbara Figiel, 62 ans, et son mari, étaient des passagers de l'Odyssey depuis fin 2024. « J'ai toujours dit : quand je prendrai ma retraite, je veux vivre sur un paquebot de croisière », explique-t-elle. Mais, ces quatre derniers mois, « nous savions que quelque chose n'allait pas parce qu’ils n'arrêtaient pas de nous demander encore, encore et encore de l'argent », déplore cette ancienne employée de l'ONU.

« Je ne pense pas que nous ayons été victimes d'une arnaque. On nous a offert un mode de vie formidable, mais ils ont sous-estimé les coûts. » Randy Cassingham accuse la société de n'avoir « absolument rien » fait pour aider les passagers abandonnés à Sianoukville, affirmant qu'on les avait conduits au centre-ville et laissés là, sans même une liste d'hôtels.

Très discrète, Villa Vie assure dans un communiqué qu'elle « travaille avec les résidents pour coordonner le débarquement et identifier des solutions de logement temporaire ». Habituer des buzz, qu’ils soient positifs ou négatifs, Villa Vie proposait notamment aux passagers de cette croisière de quitter le sol américain pendant le mandat de Donald Trump, jusqu’à la prochaine élection présidentielle prévue aux États-Unis, en 2028. Pour le coup, la promesse est tenue.

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