L'hôtellerie française traverse une période difficile. Et les conséquences des violences qui ont émaillé la journée du 17 octobre ne devraient pas arranger la situation, notamment à Paris. Dans la capitale, les nuitées annulées ont ainsi augmenté de 29% depuis ces événements, selon les indicateurs recueillis par le GHR auprès d'un panel d'hôtels parisiens.
Un secteur plus vulnérable aux défaillances
Au-delà de ces difficultés conjoncturelles, les défaillances d'entreprises progressent également à l'échelle nationale. Selon les dernières données d'Altares, 266 procédures de redressement ou de liquidation judiciaires directes ont été ouvertes dans les hôtels et hébergements similaires entre janvier et septembre 2026, contre 190 sur la même période en 2025. Soit une augmentation de 40% en un an.
Ce niveau dépasse également celui enregistré en 2018, avant la crise sanitaire, avec 210 procédures recensées sur les neuf premiers mois de l'année.
La tendance est également à la hausse dans les activités d'hébergement touristique et les autres hébergements de courte durée. Altares y dénombre 109 procédures à fin septembre 2026, contre 68 un an plus tôt. En cumulant ces deux catégories, 375 procédures ont ainsi été ouvertes depuis le début de l'année, contre 258 à fin septembre 2025.
Cette tendance se retrouve dans l'étude publiée le 30 octobre par Insourcia. Le cabinet spécialisé dans la data intelligence a recensé 343 entreprises hôtelières placées en redressement ou en liquidation judiciaire entre octobre 2025 et septembre 2026, contre 288 au cours des douze mois précédents, soit une augmentation de 19,1%. Sur la même période, la progression est de 4,1% tous secteurs confondus. Un indicateur qui montre bien que le secteur hôtelier est en grande souffrance.
L'étude met d’ailleurs en évidence une exposition plus importante de l'hôtellerie aux défaillances. Le cabinet dénombre 95 procédures pour 10 000 entreprises hôtelières en activité, contre 53,7 pour l'ensemble des entreprises françaises. Les hôtels représentent par ailleurs les deux tiers des défaillances recensées dans l'ensemble des activités d'hébergement par Insourcia.
Les jeunes entreprises exposées
L’étude du cabinet souligne également la fragilité des entreprises récemment créées. Parmi les sociétés hôtelières ayant fait l’objet d’une procédure judiciaire, 17,6% avaient moins de trois ans au moment du jugement, contre 11,1% des sociétés hôtelières en activité. L’âge médian des entreprises défaillantes s’établit à huit ans.
En matière d’emploi, les défaillances concernent entre 1 320 et 2 569 salariés, selon les effectifs connus pour 249 des 343 entreprises étudiées.
Pour réaliser cette analyse, Insourcia s’appuie notamment sur les annonces publiées au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales), qui recense notamment les procédures collectives, dont les redressements et liquidations judiciaires.
L'Auvergne-Rhône-Alpes particulièrement touchée
La dégradation de la situation varie sensiblement selon les territoires. L'Auvergne-Rhône-Alpes affiche la plus forte progression parmi les régions comptant au moins 20 défaillances sur la période étudiée. Le nombre d'entreprises hôtelières concernées y passe de 44 à 68, soit une hausse de 54,5%. La région concentre ainsi 24 des 55 défaillances supplémentaires recensées à l'échelle nationale.
L'Occitanie enregistre également une augmentation marquée, avec 47 entreprises concernées, contre 33 un an auparavant (+42,4%). La hausse atteint 34,5% en Provence-Alpes-Côte d'Azur, où 39 défaillances sont recensées, et 13,5% en Nouvelle-Aquitaine, avec 42 entreprises concernées.
À rebours de cette tendance, l'Île-de-France fait figure d'exception. Les défaillances y reculent de 11,6%, passant de 43 à 38 entreprises sur un an.
Des entreprises souvent fragilisées financièrement
L'étude d'Insourcia apporte également un éclairage sur la situation économique des sociétés hôtelières concernées. Parmi les entreprises défaillantes d'au moins trois ans dont les comptes sont connus, 51,1% affichaient un résultat net négatif dans leurs derniers comptes publiés, contre 36,7% pour les sociétés hôtelières en activité, à périmètre comptable comparable.
Les difficultés apparaissent également dans le niveau des fonds propres. 36,2% des sociétés hôtelières défaillantes présentaient des fonds propres négatifs, contre 22,9% des entreprises en activité.