Le Réseau des Grands Sites de France met l’habitant au cœur de ses réflexions
Environ 300 experts et élus se réunissent à Nîmes, du 13 au 15 octobre, pour la 28e édition des Rencontres du Réseau des Grands Sites de France. Au coeur des échanges : comment associer les habitants à la préservation des paysages.
Comment impliquer les habitants dans une démarche de préservation paysagère d’un territoire ? C’est le thème qu’a choisi cette année le Réseau des Grands Sites de France pour ses Rencontres annuelles, avec des retours d’expérience concrets.
Des projets qui engagent les locaux
L’implication de la population locale prend différentes formes, de la consultation à la co-construction d’une politique de gestion du territoire. Le Syndicat mixte Canigó Grand Site a ainsi mené 35 chantiers participatifs sur une dizaine d’années. Le Grand Site de France Cap d’Erquy-Cap Fréhel, dans les Côtes-d’Armor, s’appuie sur des « ambassadeurs » qui sensibilisent les touristes à la biodiversité et aux comportements respectueux. Le Marais de Brouage embarque une vingtaine d’habitants dans son programme d’actions Grand Site de France. Le syndicat mixte des Dunes sauvages de Gâvres à Quiberon, lui, anime un programme pédagogique sur le paysage et la biodiversité.
« On aime ce que l’on connaît. Et l’on protège ce que l’on aime, souligne Stéphanie Doyen, présidente du Grand Site de France Dunes sauvages de Gâvres à Quiberon. Partant de ce fil rouge, nous avons créé des animations auprès des scolaires. L’école du Grand Site est désormais sur tout le territoire. »
La difficile préservation des paysages
Le syndicat mixte travaille également sur les intégrations paysagères. « Nous avons créé des fiches pour les habitants, qui constituent un cahier de recommandations paysagères. Nous avons accompagné 35 projets en trois ans. »
Stéphanie Doyen, par ailleurs maire de Saint-Pierre-Quiberon (Morbihan), a aussi partagé, en plénière lors des Rencontres, son désarroi face à des contradictions locales. Les Dunes sauvages de Gâvres à Quiberon sont labellisées Grand Site, ce qui montre un engagement de préservation du paysage naturel et patrimonial. Or un projet local de 49 éoliennes offshore hautes comme des tours Eiffel risque, selon elle, de « défigurer » Belle-Île-en-Mer, face au littoral quiberonnais. « L’atterrage passe au milieu de notre Grand Site. Ce sera une cicatrice indélébile », poursuit l’édile. « Plus on avance, moins les décisions politiques sont en adéquation avec ce qu’il faudrait faire. »
Louis Villaret, président du réseau des Grands Sites de France, partage en partie son courroux. « Les Grands Sites de France sont des site classés qui couvrent, en superficie, moins de 2% du territoire national. Si nous ne sommes pas capables de les préserver, si nous y installons des éoliennes ou des lignes à haute tension, cela traduit un manque de cohérence politique. Nous avons des paysages admirables, il faut les sauvegarder et veiller à un développement économique raisonné. » Reste que le projet d’éoliennes, lui, est au large du territoire terrestre couvert par le Syndicat mixte, ajoute-t-il pour nuancer son propos.
40 millions de visiteurs sur les Grands Sites
« L’objectif du réseau et de chaque site consiste à protéger nos paysages et notre patrimoine, et accueillir dans de bonnes conditions », rappelle aussi Louis Villaret.
Les territoires des adhérents attirent plus de 40 millions de visiteurs par an, pour 1,2 million d’habitants. « Devant cet afflux qui risque d’inonder le territoire, les locaux peuvent parfois se sentir dépossédés. Il faut donc trouver le bon équilibre, d’où des solutions de gestion de la fréquentation - parkings, navettes, sentiers pédestres ou pistes cyclables - pour mieux accueillir les visiteurs et les diffuser sur les territoires. »
Le Réseau, de statut associatif, milite également pour une meilleure information auprès des touristes. « L’environnement est un atout touristique. Mais il faut que le touriste soit suffisamment informé pour ne pas dégrader cet environnement », ajoute Louis Villaret.