Nommé mercredi par Emmanuel Macron, cet énarque, ancien inspecteur des finances, devra notamment garantir le rayonnement d'un des sites touristiques les plus visités au monde (8,4 millions d'entrées au 2024), dont la présidence était vacante depuis le départ de Christophe Leribault fin février vers le Louvre.
« Il a toutes les qualités requises pour réussir, une très bonne connaissance de l'administration publique et de la scène culturelle nationale et internationale », estime auprès de l'AFP Jean-Jacques Aillagon, qui en avait fait son directeur de cabinet lorsqu'il était ministre de la Culture au début des années 2000.
Ancien DG du Centre Pompidou
Pour diriger Versailles, un mastodonte à 176 millions d'euros de budget, Guillaume Cerutti pourra également puiser dans son expérience de directeur général du Centre Pompidou, poste qu'il occupa de 1996 à 2001.
« Il saura parfaitement diriger ce vaisseau amiral de notre patrimoine et lui apporter la vision, le souffle et les financements nécessaires à sa conservation et à l’enrichissement de ses collections », fait valoir l'entourage du chef de l'État.
Après cette expérience à Pompidou, le haut fonctionnaire avait bifurqué vers le privé, plus précisément dans le monde feutré des grandes maisons d'enchères internationales où il aura, au total, passé près de 18 années.
« Le défi à relever était intéressant. J'ai donc décidé à ce moment-là de faire le grand saut du public au privé, mais ce n'était pas un choix que j'avais planifié », confiait l'intéressé fin 2024 dans une interview vidéo au Who's Who France, au cours de laquelle il disait également avoir "toujours marqué un intérêt pour la chose culturelle".
Sur fond de restrictions budgétaires
Guillaume Cerutti était d'abord entré en 2007 chez Sotheby's, devenant son patron en France avant d'accéder également au rang de vice-président en Europe de la maison, où il passa huit ans.
En 2016, il arrive chez le grand rival Christie's, dont il sera le PDG pendant huit ans également avant d'en présider le conseil d'administration pendant deux ans.
« Son expérience dans le privé sera un atout à Versailles. Il faut décloisonner, il n'y a pas un secteur noble et un autre qui ne le serait pas », estime auprès de l'AFP Philippe Bélaval, ancien conseiller culture d'Emmanuel Macron, qui relève que M. Cerutti devra toutefois agir dans un « cadre contraint ».
À la tête de Versailles et de ses quelque 1.000 agents, Guillaume Cerutti devra notamment composer avec les restrictions budgétaires qui touchent plusieurs grands établissements publics, contraints de diversifier leur financement. En 2024, environ un tiers des recettes (62 millions) du Château de Versailles provenaient de fonds publics, selon son rapport annuel d'activité.
Comme le Louvre et sur décision du ministère de la Culture, Versailles avait déjà décidé fin 2025 d'augmenter ses tarifs pour les visiteurs extra-européens pour dégager de nouvelles ressources.
« Son riche parcours entre les secteurs public et privé lui permettra de développer davantage encore les partenariats et le mécénat », souligne l'entourage d'Emmanuel Macron.
Développer le mécénat
« Il faut encore développer le mécénat et la riche expérience internationale de Guillaume Cerutti sera un atout », affirme à l'AFP le maire de Versailles François de Mazières, selon qui plusieurs défis l'attendent à Versailles, dont la conduite de vastes travaux pour entretenir le domaine.
« Le rayonnement du Château existe déjà et il faut le renforcer sereinement », estime l'édile.
En marge de sa longue carrière dans la culture, Guillaume Cerutti a fait une brève incursion dans le monde du foot professionnel en présidant, entre 2025 et 2026, le conseil d'administration du Stade Rennais, propriété du milliardaire et grand collectionneur d'art François Pinault.
En février 2026, il s'était joint à trois autres clubs de L1 pour réclamer, dans une tribune commune, une « réforme en profondeur de la gouvernance » du foot français.