En 2025, la Martinique a accueilli plus d’un million de touristes internationaux (+4,2%), dont 600 000 touristes de séjours. « C’est positif, car c’est en croissance, mais c’est encore éloigné des objectifs que nous nous sommes fixés », pose Alexandre Ventadour, qui a pris les rênes du Comité martiniquais du tourisme (CMT) cet été. « Actuellement, le tourisme pèse pour 7 à 8% du PIB du territoire, qui avoisine les 10 milliards d’euros. Idéalement, le tourisme pèserait pour 15 à 20% de notre économie, comme c’est le cas dans d’autres destinations des Caraïbes ».
Mais, même s’il est important « d’avoir des imaginaires », le CMT se veut pragmatique. « Nous avons élaboré une stratégie qui doit nous permettre, d’ici cinq ans, d’accueillir 1,3 million de touristes internationaux. Nous devons aussi provoquer la croissance des dépenses touristiques, dans une proportion que nous sommes encore en train de déterminer », explique Alexandre Ventadour. Seulement voilà, la Martinique n’est pour l’instant « pas dimensionnée » pour atteindre ces objectifs.
Le Méridien ressuscité ?
D’abord, l’île manque de chambres d’hôtels. Plusieurs projets sont d’ailleurs en développement, parmi lesquels la reprise de La Batelière, un programme de deux hôtels 4 et 5* aux Trois-Îlets, sur le site de l’ancien Méridien, ainsi qu’une opération importante au Diamant. « Nous avons également lancé des appels d’offres portant sur du foncier touristique que le territoire peut mettre à disposition au Carbet et aux Trois-Îlets », précise Alexandre Ventadour. « Tout ça sera sorti de terre d’ici cinq ans. D’une saison à l’autre, on peut construire cette croissance de l’offre ».
Le CMT souhaiterait aussi attirer de grandes enseignes internationales, véritables aimants à clientèle étrangère (lire plus loin). « Nous aimerions également qu’Accor fasse son retour en Martinique », sourit Alexandre Ventadour. Etonnamment, le géant français de l’hôtellerie n’exploite aucun établissement dans l’île, dont le paysage hôtelier est principalement composé d’indépendants. Mais l’augmentation du nombre de chambres ne suffira pas.
Air France à Roissy, c'est "100 villes" qui se rapprochent de la Martinique
La priorité est également donnée à la désaisonnalisation de l’activité. Pour stimuler la fréquentation touristique en basse saison, le CMT veut notamment mettre le MICE à contribution. La destination se positionne notamment sur des événements de taille intermédiaire (jusqu’à 400 participants). La Martinique accueillera par exemple les 4e Universités de la Fédération nationale de l'hôtellerie de plein air (FNHPA) du 4 au 11 décembre prochain.
Autre levier de croissance à activer : le développement des marchés extérieurs. Le Canada, qui représente près de 10% des visiteurs et bénéficie de liaisons depuis Montréal, Toronto et Québec, apparaît comme le marché le plus intéressant à travailler à court terme pour l’île. La Martinique rêve d’accueillir plus de touristes venus des États-Unis, mais la connectivité aérienne, cette fois-ci, demeure insuffisante. Le CMT va aussi courtiser les marchés européens (Allemagne, Suisse et Belgique en tête) à la faveur de l’arrêt des liaisons d’Air France au départ d’Orly. « Ce repositionnement nous permet d’utiliser le hub de Roissy pour adresser toute une clientèle jusqu’ici éloignée de la Martinique. Et Roissy est connectée à 100 villes », se réjouit Alexandre Ventadour.
Renforcer le positionnement identitaire de la destination
Bien sûr, le marché français, qui pèse pour environ 68% des arrivées, ne sera pas laissé de côté. « Nous pouvons aussi progresser en région. Depuis l’ouverture du vol direct entre Bordeaux et Fort-de-France par Corsair, l’Aquitaine s’est hissée à la troisième place des régions les plus émettrices. Nous devons travailler toutes les régions, peut-être en étant moins parisien, la clientèle francilienne étant très affinitaires », analyse Alexandre Ventadour.
Enfin, la Martinique veut renforcer son positionnement identitaire sur le marché. « Nous voulons promouvoir une forme de tourisme de connivence. On ne vient pas en Martinique pour visiter un pays, on vient en ami. Ça n’est pas artificiel », promet Alexandre Ventadour. Le territoire, lui aussi, doit faire sa part pour anticiper la montée en charge (gestion des déchets, approvisionnement…). Reste désormais à transformer ces ambitions sans que la croissance espérée ne mette à l’épreuve les équilibres économiques, sociaux et environnementaux de l’île.