Cap sur "l’enfer vert" ?
"L’enfer vert", c’est le doux surnom donné à la forêt amazonienne et c’est précisément là que nous allons. Neuf heures du matin, il est temps de quitter le Mercure Ariatel de Kourou pour une excursion dans la jungle dont le confort apparaît… plus incertain. Pour seul bagage, un petit sac contenant le nécessaire pour les prochaines 24 heures. Notre panoplie d’aventuriers se résume à l’essentiel : lampe de poche, répulsif anti-moustique, casquette, vêtement de pluie, crème solaire et baskets. Dans ce bout de France voisin du Brésil et du Suriname, l’expédition en immersion totale dans le "poumon vert de la planète" est incontournable. Il faut dire qu’avec quelque huit millions d’hectares de forêt vierge et plus de 5000 espèces animales et végétales, les adeptes d’écotourisme pourraient bien trouver ici un parfait terrain de jeu. Pour ces escapades, mieux vaut privilégier la saison sèche, de juillet à novembre.
©Emilie Vignon
Embarquement imminent
Déjà affairés à charger la pirogue, notre guide Brian et Donovan, le cuisinier, nous attendent au camp Maripas, notre point de départ. Café et viennoiseries sont disposés sur la table. Ultimes petites douceurs avant de passer en mode survie ? Nous le saurons bientôt : il est temps de rejoindre l’embarcadère. Remontant le fleuve Kourou, nous filons sous un ciel incertain depuis un moment déjà quand trois toucans font leur apparition, bientôt suivis par plusieurs morphos, spectaculaires papillons d’un bleu électrique. Plongés dans cette ambiance paisible, l’agitation du monde semble déjà loin. Les smartphones ne captent plus, la reconnexion à la nature se fera en mode détox digitale. Au bout d’une petite heure d’un trajet, nous arrivons au camp Cariacou.
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Tour du propriétaire
Première impression : jouer aux Robinsons s’annonce nettement plus confortable que prévu. Immergé dans une végétation luxuriante, le camp Cariacou est splendide, parfaitement entretenu. Face à nous s’élève un grand carbet, hutte de bois recouverte de feuilles de palmiers, typique des cultures amérindiennes.
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Une volée de marches nous conduit à la salle à manger et sa grande table d’hôtes, un espace très convivial qui abrite également un bar.
©Emilie Vignon
Dans la cuisine, le bois brûle déjà sous les fourneaux, Donovan et son équipe s’activent à la préparation du repas pendant que nous déchargeons la pirogue.
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A l’étage, un coin bibliothèque invite à paresser dans un hamac ou de confortables canapés, bercé par les bruits de la forêt environnante. Sur les étagères, des livres de Robert Merle ou Justine Lévy viennent rappeler que si nous sommes à l’autre bout de la terre en Amazonie, nous sommes ici bel et bien en France !
Les plus jeunes explorateurs iront trouver refuge dans une cabane suspendue spécialement aménagée pour eux. Au camp Cariacou, les enfants sont les bienvenus.
Disséminés dans la jardin, quatre carbets accueillent les voyageurs et leurs hamacs pour la nuit. Ils peuvent abriter chacun quatre à cinq personnes. Il est aussi possible d’opter pour l’un des deux lits doubles disponibles sur le camp, moyennant supplément. Des lits parapluie peuvent aussi être fournis. Un dernier carbet abrite enfin toilettes, douches et lavabos. Simples, mais propres.
Quand on est loin de tout, coupés du monde, l’écotourisme n’est pas une alternative… c’est une obligation aussi bien qu’une philosophie. Le camp Cariacou fonctionne avec le minimum d’eau et d’électricité, grâce notamment à des panneaux solaires qui tirent profit du généreux soleil d’Amérique du Sud.
©Emilie Vignon
Arachnophobie
Autour d’un ti-punch coco, spécialité locale, le guide déroule le programme. Le camp Cariacou propose plusieurs activités : baignade dans la crique, pêche, canoë, atelier de tressage, tir à l’arc… Nous enfilons nos baskets, prêts à partir pour une petite randonnée à travers le fameux "enfer vert". Plus de 90% de la Guyane sont recouverts par la forêt tropicale, royaume des jaguars et des serpents, mais aussi (surtout) de créatures nettement plus inoffensives. Ne se souciant visiblement pas des 100 000 espèces d’insectes qui peuplent les sous-bois, c’est pieds nus que notre guide ouvre le chemin. D’un geste, il attire notre attention sur une silhouette grise suspendue à une plante. Une de ces créatures qui font ici beaucoup parler d’elles : les mygales. Avec les serpents et les moustiques, elles sont les bêtes noires de nombreux voyageurs en Guyane. Celle-ci sera immédiatement capturée… par une nuée de smartphones. Alors envahissantes, ces bestioles ? Pas franchement un remake des Oiseaux version arachnéenne. Bilan du voyage : zéro serpent, deux mygales, trois piqûres de moustique. Une cohabitation avec la faune locale des plus pacifiques.
©Emilie Vignon
Jardin des plantes
Une machette à la main, notre guide tranche les feuillages, entaille les écorces, nous initiant aux pouvoirs de l’arbre à encens, réputé pour chasser les mauvais esprits, ou aux vertus thérapeutiques de "l’arbre à diabète". Un petit cours de botanique bientôt interrompu par la présence d’un singe sur les hauteurs d’un arbre… qui se laissera brièvement observer avant de s’échapper vers des contrées moins fréquentées. Nous avançons, esquivant les racines au sol, traversant des cours d’eau sur des troncs d’arbres, gravissant des côtes parfois abruptes. Si la difficulté se corse un peu à certains moments, notre parcours n’exige pas une grande condition physique. Attentif, notre guide veillera constamment à notre sécurité, prêtant main forte si nécessaire. Pendant cette immersion au cœur de la forêt, nous ne croiserons que peu d’animaux. Les apercevoir relève autant de la chance que de la patience. Mais même s’ils se cachent, aucun doute, ils sont là. Ça siffle, ça croasse, ça chante et ça bourdonne : sous la canopée, leur concert est permanent.
©Emilie Vignon
Sous les étoiles
La nuit tombe sur le camp Cariacou. Ce soir, autour de la grande table, le dîner est servi à la lueur des bougies. Poisson frit, purée d’igname, brochettes sauce saté, ananas flambé ou magnifique plateau de fruits exotiques…. Préparés avec des ingrédients locaux, les repas au camp sont bons et copieux. Nous remontons à bord de la pirogue pour une balade nocturne dans la jungle endormie. Notre guide scrute de part et d’autre les rivages avec sa lampe torche, à la recherche des animaux… qui se font là encore bien rares en dépit de quelques apparitions, dont une autre mygale, accrochée à un arbre. Nous reprenons le chemin du camp.
©Camp Cariacou
Le réveil de la jungle
Suspendues au plafond du carbet, des chauves-souris nous tiennent discrètement compagnie. Après une rapide inspection - pas de scorpion, pas de mygale - chacun s’installe dans son hamac en prenant soin de bien refermer la moustiquaire. Si certains sombrent rapidement dans un profond sommeil, la nuit en hamac ne sera pour la plupart pas des plus reposantes ! Aux alentours de six heures du matin, un grondement indescriptible s’élève de la jungle. Ce sont les singes hurleurs qui sonnent le réveil. Le cri de ce primate, le plus bruyant des animaux d’Amazonie, peut s’entendre à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Dans un demi-sommeil, ce vacarme semble irréel. Il s’atténue progressivement, à mesure que les oiseaux prennent la relève. À huit heures, pain grillé, confiture, café et thé attendent des voyageurs encore quelque peu embrumés. Avant de partir pour une dernière balade en forêt.
©Emilie Vignon
Au revoir Cariacou
Atelier cueillette : toujours équipé de sa machette, Brian choisit un palmier avant de l’abattre et d’en extraire la partie centrale. Des cœurs de palmier 100% bio et sauvages que nous dégusterons lors du déjeuner.
©Emilie Vignon
Nous tendons l’oreille, les singes hurleurs donnent à nouveau de la voix. Penser que d’ici quelques heures, nous serons dans un avion en direction de Paris semble à cet instant totalement surréaliste… Le moment de quitter Cariacou approche pourtant. A la fin du repas, les remerciements seront appuyés pour nos hôtes.
©Emilie Vignon
Si le ciel s’est montré plutôt clément jusqu’ici, c’est au moment d’embarquer dans la pirogue qu'éclate une de ces énormes averses dont la Guyane a le secret. Un trajet retour mémorable qui se fera sous des trombes d’eau avant que le soleil ne finisse par réapparaître.
©Emilie Vignon
Une fois débarqués au camp Maripas. Il ne faudra pas attendre bien longtemps pour voir les portables ressurgir des sacs à dos, à la recherche d'un peu de réseau pour capter les nouvelles du monde. Retour à la civilisation, après 24 heures hors du temps.
Le bilan
Si certains se plaisent à entretenir le mythe, l’enfer vert a finalement tout d’un petit paradis pour les adeptes d’escapade nature. Ces excursions en totale immersion méritent que l’on dépasse d’éventuelles appréhensions, d’autant que le programme et le niveau de confort peuvent être facilement adaptés, du pur farniente aux activités sportives les plus exigeantes.
Au regard de son niveau de prestations, le camp Cariacou est une très bonne adresse pour un premier séjour dans la forêt guyanaise, y compris en famille. Apercevoir les animaux reste aléatoire, mais cela ne nuit pas à un réel dépaysement.
A savoir
De nombreux carbets accueillent les voyageurs en Guyane. Si l’objectif de la destination est de les faire monter en gamme, tous ne proposent pas le même niveau de confort, il faudra bien les choisir. Il est aussi possible d’opter pour un bivouac.
Ces expéditions durent généralement entre un à trois jours. Les enfants peuvent y prendre part, sur des formats courts.
Pour se rendre en Guyane le vaccin contre la fièvre jaune est obligatoire. Il doit être fait au moins dix jours avant l’embarquement.
Pour être certain d’apercevoir les animaux emblématiques de la faune guyanaise, il existe une bonne alternative : le zoo de Guyane, à Macouria. Plus de 450 animaux y sont réunis.
*Ce reportage a été réalisé dans le cadre de la convention des Entreprises du Voyage Île-de-France qui s’est tenue fin mars en Guyane. Merci à Florent Lacroix pour la photo d’ouverture de cet article.
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