"Avec le rachat de Kayak, Priceline, qui n’était que marchand, a affirmé sa volonté de ne pas être absent de l’infomédiation", se réjouit Jean-Pierre Nadir.
Le fondateur d’Easyvoyage.com salue au passage la réussite de Kayak aux Etats-Unis, où Google n’a "que" 60% de parts de marché de la recherche, contre plus de 95% en France. Le comparateur américain a effectivement continué à se développer, et à limiter sa Google-dépendance à travers trois leviers, explique-t-il : un accord fort et exclusif avec MSN, une marque forte notamment à travers des spots publicitaires télévisés, et une application qui fait partie des plus téléchargées dans le voyage.
"Priceline n'a pas hésité à payer Kayak très cher, le prix n'était pas le problème", poursuit-il. La transaction s’est élevée à 1,8 milliard de dollars, soit "25 fois l’Ebitda* de l’année en cours". Priceline (Booking, Agoda...) souhaite ainsi mieux contrer Google Hotel Finder. Pour le patron d’Easyvoyage, cette acquisition fait donc du sens, et pourrait ouvrir le bal à d’autres transactions : "Les grands mouvements sont en marche. L’acquisition de Kayak siffle le début de la consolidation. Je ne serais pas étonné que Facebook rachète un jour TripAdvisor, avec lequel il a conclu un partenariat. Je pense que le paysage français va lui aussi se réorganiser".
Quid d’Easyvoyage ?
Et au petit jeu des pronostics, Jean-Pierre Nadir n’exclut pas sa propre entreprise. A la question Pourriez-vous être racheté par Google ? il répond sans détour : "Tout est possible ! C’est un jeu ouvert ! " Pour l’heure, le géant mondial de la recherche a acquis des sociétés dans le voyage et le loisir (ITA Software, Zagat et Frommer's), mais pas en France.
"J’ai conscience de l’environnement dans lequel j’évolue. Easyvoyage a montré ses performances. Mais quand nous affichons 5,5 millions d'euros d’Ebitda cette année, TripAdvisor est à 300 millions de $, Kayak à 80 millions. Lorsque tu te bats avec tes petits muscles face à ces entreprises, tu restes un petit joueur. Easyvoyage est une cible clairement désignée. Et je déplore que le marché français n’offre pas la possibilité, à des boîtes comme nous, de lever 40 millions d'euros pour aller se battre sur le marché mondial. J'adorerais faire cela ! Mais, la réalité c'est que toutes les entreprises françaises se font racheter dès qu'elles veulent se développer".
*L'Ebitda (Earnings before interest, taxes, depreciation, and amortization) correspond aux revenus avant intérêts, impôts, dotations aux amortissements et provisions.