Lors de la table ronde de jeudi 17 septembre dernier, deux entreprises du secteur ont détaillé le niveau d’utilisation des outils IA dans leur fonctionnement à l’interne. Erwan Corre, cofondateur de la plateforme Worldia, a donné le ton. « Nous en sommes au stade de l’automatisation des tâches, a-t-il déclaré. La quasi-totalité de l’organisation du travail a changé ». Ainsi, chez Worldia, le métier de développeur ne consiste plus à coder mais à décrire à l’outil IA ce qu’il veut obtenir et à contrôler le résultat final. « Les actions du service marketing sont automatisées et celles du service agences également. »
Si le département des ventes est encore peu affecté, il n’empêche que l’outil IA analyse l’historique des ventes, retranscrit les appels et les conversations. « Tous les lundis matins, l’outil livre des tendances et suggère des actions à déclencher. En tant que patron, mon rôle est d’arbitrer. Ma responsabilité décisionnelle a encore plus d’importance », estime-t-il.
Des outils mille fois plus puissants à venir
Il ne cache pas que les outils IA suppriment, ou vont supprimer, des emplois, d’autant que leur vitesse de calcul est exponentielle et qu’ils seront mille fois plus puissants dans six ans.
« Chez Worldia, sans baisse de revenus, la baisse des effectifs est de 40% en 18 mois, lâche-t-il. Mais nous continuons à recruter, sur l’international notamment ». Pour rappel, en 2023, le groupe employait plus de 200 collaborateurs sur cinq marchés. « Statistiquement, depuis un siècle, tous les 20 ans, 50% des types d’emplois sont nouveaux, quel que soit le secteur », a-t-il rappelé, se voulant pragmatique.
Pour Charles Tandonnet, en charge de la stratégie du groupe Travelsoft (propriétaire via Eventiz de L’Écho touristique), les rôles sont clairs. « Le raisonnement est de plus en plus confié à l’IA, qui va gérer une tâche de façon autonome. L’humain définit le besoin et contrôle les erreurs, c’est son rôle désormais ». Et de citer le service comptabilité, où le traitement de chaque facture prend une fraction de seconde, contre une minute auparavant. « La personne responsable vérifie que l’IA a bien fait son travail », résume-t-il.
Selon lui, pour répondre au défi de l’IA, les nouvelles compétences des collaborateurs doivent être « la clarté d’esprit, la capacité d’abstraction, la retranscription avec des mots, et la maîtrise de l’architecture d’un projet ». Il ajoute : « le savoir être est de plus en plus important car il faut savoir gérer régulièrement des problèmes ».
Retard de formation
Valérie Boned, présidente des Entreprises du Voyage et de la Confédération des Acteurs du Tourisme (CAT), présente également à la table ronde, a mis l’accent sur la formation et l’accompagnement des professionnels. « Notre premier axe est de mettre en œuvre une charte structurante, pour déployer les outils IA dans les entreprises de façon sécurisée, notamment pour protéger les datas », a -t-elle déclaré. Son objectif est également de réunir les écoles de formation du tourisme pour les sensibiliser aux outils et aux cas d’usage les plus fréquents. Il semble que l’Éducation Nationale prend du retard dans ce type d’approche. Dans la salle, une jeune étudiante de Master a témoigné : « On nous interdit de nous servir des outils alors qu’ils sont utilisés en entreprise ! ».
Pour Erwan Corre, ce retard pédagogique peut pénaliser les jeunes sur le marché du travail. « Interroger l’IA, c’est la base. Construire des process complets, c’est la deuxième phase d’apprentissage. J’incite les jeunes à se former car ce seront les plus curieux et agiles qui auront le plus de chances de trouver un emploi », conclut-il.