100 milliards de recettes touristiques internationales ? L’Alliance France Tourisme livre sa méthode
Comment améliorer le poids économique du tourisme en France ? L’Alliance France Tourisme (AFT) a partagé, ce matin, sa vision à long terme et sa méthode. Pour l’instant, l’AFT s’est focalisée sur l’évolution de la clientèle internationale et de ses dépenses. Mais elle promet de plancher sur la clientèle domestique, majeure et vitale.
C’est très symboliquement au Stade de France, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), que l’Alliance France Tourisme (AFT) a réuni plusieurs patrons du tourisme afin de partager sa vision et sa méthode à la presse. Vendredi dernier, le pape Léon XIV a rassemblé 80 000 jeunes dans ce stade qui incarne, notamment depuis les Jeux olympiques, la dynamique événementielle.
Pour l’AFT, qui réunit 25 grandes entreprises, la France doit parvenir à 100 milliards d’euros de recettes internationales à l’horizon 2030, contre 77,5 milliards l’an passé. Un objectif qui rejoint celui du gouvernement. En pleine saison estivale 2025, François Bayrou avait partagé ce nouveau cap à l’industrie du tourisme, alors qu’il était Premier ministre. En 2014, Laurent Fabius, lui, avait fixé comme ambition le nombre symbolique des 100 millions de touristes étrangers, quand il était ministre des Affaires étrangères. Un nombre atteint en 2024, l’année des Jeux olympiques et paralympiques et de la réouverture de Notre-Dame de Paris.
Un cap pour les recettes internationales
« Les visiteurs internationaux doivent dépenser plus », a résumé ce matin Alexandre Liot, directeur général adjoint des opérations des Galeries Lafayette.
L’allongement de la durée de séjour constitue l’un des trois leviers identifiés afin d’atteindre les 100 milliards d’euros de recettes touristiques internationales. « Si les visiteurs (étrangers) restaient une demi-nuitée de plus sur notre territoire, cela représenterait 5,8 milliards d'euros de chiffre d’affaires supplémentaire », a précisé Alexandre Liot.
L’AFT évoque aussi l’ambition d’améliorer « la valeur de l’expérience, grâce à une offre plus lisible ». « Avec une progression de 15% du panier moyen par nuitée, nous atteindrions 12,7 milliards d'euros de recettes supplémentaires. » Le troisième levier consiste à mieux répartir les flux dans le temps et dans l’espace pour grapiller 4 milliards d'euros de recettes additionnelles.
Afin de renforcer le tourisme dans un contexte hautement concurrentiel, la France doit notamment prioriser la structuration des filières, l'emploi, le choc d’investissement et de simplification, assure l’AFT. L'organisme plaide ainsi pour un délai maximal de deux ans et un guichet unique préfectoral pour les projets structurants.
Une feuille de route jusqu’en 2045
Dominique Marcel, président de l’alliance, rappelle que le tourisme n’est « pas une rente ». Il est par conséquent nécessaire de se fixer une stratégie nationale sur 20 ans, avec des points d’étape tous les cinq ans, selon le think tank.
« Le tourisme, le voyage d’affaires et l’événementiel sont des industries de temps long », a de son côté insisté Franck Gervais, directeur général de Pierre & Vacances-Center Parcs. « Nos décisions ne peuvent pas changer de cap à chaque alternance ou à chaque crise. Le cap temporel qu’on se fixe est à 2045, avec une feuille de route que nous souhaitons réviser tous les cinq ans. »
L’AFT compte suivre l’évolution d’indicateurs précis : la durée de séjour, la dépense moyenne, les retombées locales, la qualité de l’offre, ainsi que la satisfaction des visiteurs et des habitants. Il est notamment question de créer un jumeau numérique du touriste afin de suivre le parcours du visiteur.
« Nous devons aller chercher les clients et les événements en amont, ils ne vont pas venir tout seuls », a ajouté Franck Gervais. « L’industrie touristique n’est pas délocalisable, si nous faisons bien notre travail. » Le secteur représente près de 2 millions d’emplois directs et indirects.
Quel cap pour les recettes touristiques françaises ?
« Il ne faut pas oublier que la clientèle française qui part en France génère les deux tiers des 222 milliards d’euros de recettes touristiques globales », a rappelé Alexis Gardy, président des clubs Belambra. Soit environ 144,5 milliards d’euros.
Alors justement, quel objectif peut se fixer la France s’agissant de cette clientèle domestique, à l’horizon 2030 ? Interrogé par L'Écho touristique à ce sujet, l’AFT répond qu’elle n’a pas encore fixé de montant global, mais elle compte l'évaluer.
Dominique Marcel estime que la croissance des recettes touristiques des clientèles domestiques devrait atteindre celle des recettes internationales, soit environ 5% à 6% par an. « Ce qu’on veut faire pour améliorer la qualité ne se fera pas au détriment des Français », a-t-il expliqué.
Des propositions pour compter dans la présidentielle
L’ancien président de la Compagnie des Alpes a également souligné le « besoin de rénover des hébergements relativement bon marché ». Un défi important afin de ne pas exclure les ménages français les plus modestes, à l’heure où les hébergements touristiques montent en gamme.
L’augmentation du taux de départ des Français en vacances pourrait incarner un autre dessein intéressant. L’AFT s'emparera-t-elle d'un tel défi ? Ses adhérents militent en tout cas pour le développement des ailes de saison afin de « maintenir l'accès aux vacances des Français ».
La feuille de route collective, présentée lundi matin, s'inscrit bien sûr dans le cadre de l’élection présidentielle en 2027. « L’AFT va tenter de peser de tout son poids dans les débats, a conclu Franck Gervais. Mais ce travail, nous souhaitons le prolonger au-delà de 2027, à un horizon à 5 ans et à 20 ans. »