L’Echo touristique : Il y a près d’un an, Huttopia a racheté le réseau de campings OnlyCamp, qui regroupait 8 petits sites aux alentours de la Loire. Des campings qui semblent loin des grandes infrastructures qui essaiment dans l’Hexagone… Philippe Bossanne : Le rachat d’OnlyCamp est notre réponse à ce phénomène observé dans le secteur. Nous sommes convaincus que le camping, dans sa forme la plus traditionnelle, est terriblement adapté aux besoins de la société et du tourisme moderne. C’est un mode d’hébergement léger, réversible, qui utilise beaucoup les ressources locales… à condition qu’on ne veuille pas copier les villages clubs, en dur. C’est une forme de tourisme moins gourmande, qui permet aussi de répondre à de nombreuses attentes de la clientèle : la déconnexion avec le quotidien, le contact direct avec la nature, les moments partagés en famille. Des attentes qui sont d’autant plus forte avec la pandémie que nous avons collectivement traversée. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ces campings ? Leurs petites tailles permettent-elles d’atteindre un seuil de rentabilité intéressant ? Philippe Bossanne : Nous avons décidé de racheter OnlyCamp en tenant compte de deux constats. Le premier, c’est qu’il est devenu difficile de créer de nouveaux campings en France. Nous essayons d’inaugurer 6 sites Huttopia par an, mais de plus en plus rarement dans l’Hexagone… Il y a de moins en moins de terrains disponibles, et les contraintes urbanistiques et environnementales rendent trop compliquées, de fait, la création de nouveaux campings. Le second constat, c’est que beaucoup de petits campings ruraux, qui sont installés dans des endroits magnifiques, au bord de villages, à proximité de centre urbains… ferment leurs portes. On a essayé de comprendre pourquoi. Et, très vite, nous avons relié leurs fermetures à la création d’aires de camping-car. La création de ce genre d’aires tue les petits campings, familiaux ou municipaux. C’est plus facile, et moins coûteux, pour une municipalité d’ouvrir une belle aire de campings-car moderne plutôt que de rénover et développer le camping existant. Résultat, on se retrouve avec des véhicules à 70000 euros garés sur des places vendues 10 euros par nuit. Le campeur, qui vient avec sa tente à 100 euros et son réchaud, ne trouve plus d’emplacements où s’installer, et doit payer le double pour séjourner dans un camping parfois vieillissant. Ça n’est pas normal. Il y a mieux à inventer pour accueillir en un lieu tous les types de campeurs en un lieu. OnlyCamp veut donc redonner son aspect « social » au camping ? Philippe Bossanne : J’ai toujours pensé qu’il y avait une vraie demande concernant le camping en emplacement libre. Et oui, aller camper avec sa tente est plus accessible que louer un mobil-home. Comme nous croyons beaucoup à la mixité chez Huttopia, avec OnlyCamp, nous voulons créer des lieux où tous les types de campeurs pourront se retrouver. Y compris les camping-caristes puisqu’une aire sera installée à l’entrée des sites OnlyCamp. Elle sera donc liée au camping, accueillante, et ouvertes toute l’année pour répondre au besoin des municipalités de gérer ce type de véhicule. A l’intérieur du camping, nous retrouverons cet esprit familial. L’émergence de la van life nous motive pour créer un type de camping qui répond aux attentes de cette clientèle, qui veut de l’autonomie, un contact proche avec la nature, et qui ne veut pas garer son véhicule entre deux mobil-homes en plastique.On conservera un maximum d’emplacements libres, c’est-à-dire au moins 50% de la surface du camping, et installerons pour la location quelques tentes et tiny-houses en bois et toiles, toutes simples. Avec cette vision, nous pensons qu’OnlyCamp peut être une solution pour tous les campings de petite taille qui sont menacés de disparition. Quelles sont les possibilités de ce marché, à l’heure où les campings avec parcs aquatiques et autres équipements de loisirs font le plein ? Philippe Bossanne : La demande existe, nous en sommes convaincus. Elle vient du marché – on le voit dans nos campings et villages Huttopia, qui sont victimes de leur succès – mais aussi des exploitants de campings. Quand nous avons racheté OnlyCamp, le réseau comptait huit campings. Très vite, des communes nous ont fait part de leur intérêt pour le projet, et nous avons accueilli trois campings supplémentaires dès la saison 2021. Nous avons donc décidé de structurer cette activité. L’un de nos cadres, Axel Penin, en a pris la direction, et nous comptons désormais 19 campings Onlycamp pour cette saison 2022. Et nous ne sommes pas seuls à y croire : nous venons de créer une foncière avec la Banque des Territoires, filiale de la Caisse des dépôts et consignations, pour faciliter l’acquisition de ces sites. En y ajoutant la force de commercialisation de notre groupe et tous les outils de gestion que nous utilisons pour Huttopia, que nous allons adapter à OnlyCamp, ces petits campings redeviendront rentables et donc pérennes. Pour beaucoup de territoires ruraux, un tel camping qui fait le plein, est un poumon économique important. Est-ce que le développement d’Huttopia va ralentir au profit de celui d’OnlyCamp ? Philippe Bossanne : Bien qu’ils partagent exactement les mêmes valeurs, ce sont des produits différents. Si le concept d’OnlyCamp s’étend sur 19 campings, Huttopia, qu’on a créé en 1999 avec mon épouse Céline, a ses couleurs installées sur 68 sites (camping, villages ou citycamp) dans huit pays, dont les Etats-Unis (5 sites) et la Chine, qui accueilleront de nouveaux sites dans les mois à venir (Floride, Californie, Hangzhou). Nous proposons beaucoup de tentes de type glamping et quelques tiny houses. Et, bien sûr, des emplacements libres. Au total, nous commercialisons 13 000 emplacements, et seul un tiers est équipé en locatifs. Huttopia est un produit qui fonctionne bien, et qui n’a pas tant pâti de la pandémie, puisqu’il s’adresse avant tout à une clientèle locale. L’année dernière, nous avons vendus 2,3 millions de nuitées, pour un chiffre d’affaires d’environ 70 millions d’euros, soit une hausse de 34% de notre chiffre d’affaires en 2021 après une baisse de 10% en 2020. Avec les campings et villages Huttopia, les CityKamps et OnlyCamp, nous avons maintenant une gamme d’offres de camping-nature qui s’adresse à toutes les situations des territoires, en France et à l’international, qui souhaitent développer un tourisme respectueux de l’environnement et accessible au plus grand nombre.

Philippe Bossanne, cofondateur d'Huttopia.© Huttopia

