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Les régions d’outre-mer à la reconquête du tourisme ?

Le constat : Le tourisme est en panne à la Réunion, en déclin en Martinique et en Guadeloupe. La faute, selon certains, à un manque de volonté politique.Le contexte : En Martinique et à la Réunion, les élections régionales de mars ont été remportées par des candidats faisant du tourisme leur priorité. L’enjeu : Après les déclarations d’intention, les premières décisions ont déjà été prises. Le début d’une nouvelle dynamique ?

C’est une triste litanie qui, année après année, illustre la mauvaise santé de l’économie touristique dans les régions d’outre-mer françaises. Des quatre collectivités ultramarines ayant ce statut (Guyane, Guadeloupe, Martinique et Réunion), seule la Guyane a connu, depuis la fin de la décennie 1990, une croissance de fréquentation, mais principalement liée à l’activité spatiale. Pour les trois autres, c’est au mieux la panne sèche, au pire la chute libre : diminution du nombre de chambres d’hôtels, recul de la fréquentation, baisse des recettes du secteur… Et les explications sonnent, elles aussi, comme un refrain éculé : mauvais accueil, qualité médiocre des prestations, manque de desserte aérienne, trop forte dépendance au marché métropolitain, instabilité sociale, faible intérêt des populations locales pour le tourisme, prix trop élevés, concurrence implacable d’autres destinations, politique de visas pénalisante… Mais pour nombre de professionnels, le manque d’engagement des pouvoirs publics locaux y serait aussi pour beaucoup. Une indifférence politique qui aurait conduit les régions d’outre-mer à se retrouver dépourvues d’une véritable filière économique du tourisme.

LES PROFESSIONNELS LOCAUX IMPLIQUÉS

Les élections régionales, en mars dernier, ont-elles changé la donne ? Les listes élues en Martinique (emmenée par Serge Letchimy) et à la Réunion (conduite par Didier Robert) avaient fait de la relance du tourisme l’un de leurs principaux arguments de campagne et l’une des clés du développement économique local pour les prochaines années. Un discours présenté comme une rupture par rapport aux politiques menées par les équipes précédentes. Sur le terrain, des décisions ont déjà été prises avant l’été. Première évolution, les deux exécutifs régionaux ont décidé de s’entourer largement des professionnels locaux. La présidence du Comité martiniquais du tourisme a ainsi été confiée à Karine Roy-Camille, directrice générale d’une agence de voyages de l’île, et les acteurs du secteur participeront désormais à l’élaboration du plan d’action commercial de la destination. Dans le même ordre d’idée, à la Réunion, Didier Robert a annoncé « l’installation d’un pôle de compétence et d’expertise touristique ». Composé de huit professionnels, « il aura en charge la définition, le suivi et le contrôle de l’ensemble des actions portées par [la] collectivité en matière de tourisme ». Une ouverture qui enthousiasme Catherine Frécaud, directrice du groupe Bourbon Voyages et représentante locale du Syndicat national des agents de voyages, qui sera membre de ce pôle de compétence. « Nous pensons tous ici que 2010 sera l’An I du tourisme, assure-t-elle. Nous avons enfin un pilote qui souhaite se mettre aux commandes. » Autre volet d’action décidé par les deux régions : le renforcement des dispositifs d’aides publiques. Le conseil régional de la Réunion a ainsi relevé, le 15 juin, le plafond de subvention octroyé aux hôtels de 760 000 à 1,5 ME, portant la base éligible des dépenses à 3 ME. Un déplafonnement similaire est aussi à l’étude pour le parc d’hébergement existant en milieu rural. En Martinique, la création prochaine de deux fonds de garantie a été votée le 22 juin. L’un d’eux sera réservé au tourisme et son montant plancher sera fixé à 5 ME. Les conseillers régionaux ont aussi entériné un important programme de commandes publiques, qui doit notamment passer par le développement de zones dites d’« intérêt touristique régional ». À ce titre, l’aménagement des sites les plus connus de Saint-Pierre, classée Ville d’art et d’histoire, et la réhabilitation de l’hôtel Méridien aux Trois-Îlets sont prévus.

COMMUNICATION ET PROMOTION

Le troisième axe des stratégies réunionnaise et martiniquaise porte sur la promotion et la conquête de nouveaux marchés émetteurs. Difficile, cependant, d’espérer une révolution en la matière. Pour la Réunion, l’une des mesures décidées est, paradoxalement, l’organisation au cours des trois prochaines années d’une tournée dans les 22 régions de… Métropole. Une action qui bénéficiera d’une dotation annuelle de 600 000 E, mais aura bien du mal à remplir l’objectif fixé par Didier Robert d’« imposer durablement l’image de l’île sur les marchés internationaux ». En Martinique, l’effort portera davantage sur l’amélioration de l’offre à destination. Afin d’impliquer la population, le Comité martiniquais du tourisme lancera, en novembre prochain, une campagne de sensibilisation aux bienfaits et aux nécessités du secteur. Parallèlement, il travaille à l’élaboration d’un calendrier de grands événements tout au long de l’année, afin de désaisonnaliser la destination. Des négociations sont aussi en cours pour développer l’offre aérienne internationale au départ d’Amérique du Nord (American Eagle a annoncé, en juin, le lancement d’un second vol quotidien au départ de Porto Rico), du Brésil (avec Air Caraïbes) et d’Europe via le hub d’Orly, en attendant l’éventuelle ouverture des vols au départ de Roissy, réclamée outre-mer à cors et à cris par les régions depuis des années. C’est d’ailleurs pour faire avancer des dossiers tels que celui de la desserte aérienne depuis Roissy que les présidents des régions Guyane, Guadeloupe et Martinique ont créé, le 17 juin, l’Union régionale des Antilles et de la Guyane (Urag). Une plate-forme de coopération et de lobbying dont le volet tourisme engage les exécutifs guadeloupéens et martiniquais à, notamment, « mutualiser les actions de promotion », « favoriser la mise en place de cours d’éducation touristique », « obtenir la mise en place d’une offre duty free » ou « développer le tourisme d’affaires par l’instauration d’un bureau des congrès ». Des déclarations d’intention auxquelles veulent croire les professionnels, mais qu’ils reçoivent avec prudence. « Lors des Assises du tourisme, en 2006, Victorin Lurel, le président du conseil régional de Guadeloupe, a signé 147 mesures. Aucune n’a été mise en place, déplore Nicolas Vion, le président du Groupement des hôteliers et du tourisme guadeloupéens. Pendant la campagne des régionales en Guadeloupe, aucun candidat n’a parlé du tourisme. Le schéma de développement et d’aménagement touristique adopté par la Région en 2009 préconise, pour les hôtels fermés, qu’ils soient détruits, et considère que le tourisme se suffit des gîtes. Mais ce sont les hôtels, pas les gîtes, qui remplissent les avions. »

UNE STRATÉGIE CRITIQUÉE

Plus que l’absence de politique touristique, c’est davantage la stratégie adoptée par la Guadeloupe en la matière qui est dénoncée. Des critiques que Victorin Lurel repousse fermement. « Les subventions ne pourront pas résoudre tous les problèmes, et la modernisation des équipements ne suffira pas à faire redécoller la destination », argumente-t-il. « Nous souhaitons changer [son] positionnement. Cette montée en gamme […] implique de cibler une autre clientèle que celles qui fréquentent les îles de Cuba ou de Saint-Domingue, une clientèle curieuse de notre patrimoine et pas uniquement à la recherche des plages et des cocotiers. C’est bien en visant d’autres catégories de touristes que nous tirerons notre épingle du jeu. » Le président du conseil régional de Guadeloupe, tout comme ses homologues martiniquais et réunionnais, a désormais quatre ans de mandature pour amorcer une reconquête que l’on ne finit plus d’espérer.

Le troisième axe des stratégies réunionnaise et martiniquaise porte sur la promotion et la conquête de nouveaux marchés

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