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Le tourisme saharien dans la tourmente

Réservations en chute libre, annulations en grand nombre, plans de vols incertains ou annulés : les professionnels du secteur démarrent la saison sur le fil du rasoir.

Conséquence directe des coups d’éclat d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans la région, le tourisme saharien mord la poussière. Le 22 septembre, de retour du Niger, Maurice Freund, président de la coopérative de voyageurs Point-Afrique, annonce qu’il se résigne, « à la lecture des récents événements », à annuler la plupart de ses « routes » sahariennes, à savoir Agadez, Gao, Tamanrasset, Djanet, Timimoun, et sans doute Atar. « J’ai longtemps cru que le tourisme était une arme pour la paix, déclare-t-il. Aujourd’hui, il alimente la machine à prise d’otages ». Balayé le rêve de relancer Agadez et Gao cet hiver, sachant que le Nord-Niger et le Nord-Mali, colorés en rouge sur les cartes accompagnant les conseils aux voyageurs du Quai d’Orsay depuis plusieurs années, ne sont plus fréquentés que par les organisations non-gouvernementales et quelques vieux sahariens insensibles aux discours sécuritaires. Le cas d’Atar, en Mauritanie, est plus complexe. Après une année 2009 en demi-teinte, le premier vol de la saison, initialement programmé le 24 octobre, avait été reporté au 19 décembre ; il est désormais suspendu à la prochaine mission d’audit dans la région de Maurice Freund, qui avoue n’être « guère optimiste ». Soulignons que le Quai d’Orsay a placé Chinguetti en zone interdite le 31 août, ce qui n’est évidemment pas de nature à inciter un voyageur à s’inscrire sur un circuit dans l’Adrar… Point-Afrique renonce aussi à l’Algérie et rembourse ses clients y ayant réservé un circuit : une fois n’est pas coutume, le voyagiste adopte une position plus radicale que le Quai d’Orsay !

LA DÉSOLATION EST SINCÈRE ET GÉNÉRALE

Sur le site du ministère des Affaires Étrangères, la carte de l’Algérie est colorée en orange et rien n’est dit des mesures prises par les autorités algériennes depuis l’hiver dernier, notamment l’interdiction de circuler dans le Tassili du Hoggar ou la mise sous escorte de certains groupes de touristes. Les tour-opérateurs réunis au sein de l’association Agir pour un tourisme responsable se sont accordé la semaine dernière sur les régions jugées « sûres » encore ouvertes à la vente. Ce sont les mêmes qu’au printemps dernier : la Libye, l’Adrar mauritanien, la région de Djanet et l’Atakor en Algérie et, bien sûr, le pays Dogon, au Mali. Mais tous reconnaissent que les clients manquent à l’appel. La Mauritanie sans Chinguetti, l’Algérie sans le Tassili, Mopti mais pas Tombouctou : pas facile de convaincre un voyageur dans ces conditions ! « Inaudible », estime Jean-François Rial, président-directeur général du groupe Voyageurs du Monde. Mahmoud Bekkar, dirigeant de Synair, qui affrète des vols vers Djanet et Tamanrasset pour le compte des voyagistes, confirme un net fléchissement » de la demande rendant la situation très préoccupante d’un point de vue économique : « Nous allons essayer de maintenir les premières rotations, dit-il, mais je ne suis pas optimiste pour la saison. » Même le pays Dogon souffre de l’amalgame. Pour l’heure, Point-Afrique maintient ses vols à destination de Mopti – première rotation le 24 octobre – mais les remplissages sont mauvais et les annulations se multiplient depuis l’enlèvement des expatriés d’Areva à Arlit, le 16 septembre. Licenciement de 50 % de l’effectif pour Point-Afrique, désolation sincère et générale à l’idée d’abandonner les populations à la logique guerrière d’Aqmi, l’heure n’est pas à l’optimisme.

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