Advertisement
Retrouvez l'actualité du Tourisme pour les professionnels du secteur tourisme avec l'Echo Touristique : agences de voyages, GDS, prestataires spécialisés, voyagistes

[Exclusif] L’interview d’Emmanuel Marill, DG d’Airbnb France

Municipales, tendances, coronavirus, Bourse… Emmanuel Marill fait le point sur les projets et défis d’Airbnb en France dans cette interview.

L’Echo touristique : Airbnb sera au salon de l’agriculture à Paris. Le développement en milieu rural est un sujet que vous portez depuis votre nomination depuis 3 ans. Où en est-on ?

Emmanuel Marill : Un quart de l’activité se passe en milieu rural. 3,7 millions d’arrivées voyageurs qui ont séjourné en France en 2019 ont choisi la campagne. Ils étaient 150 000 en 2014. Le potentiel reste fort, puisque la croissance atteint 40% chaque année. Mais tous les segments se développent au départ de la France : les voyages internationaux hors Europe, les voyages intra-européens, les voyages domestiques et locaux.

Votre stratégie « rurale » n’est-elle pas une réponse à l’hostilité de nombreuses villes à l’égard d’Airbnb, pour « sauver » votre croissance ?

Emmanuel Marill : Ce serait un peu arrogant de notre part de le penser (rires). Les tendances de fond du tourisme dépassent largement les débats que nous pouvons avoir avec la mairie de Paris ! Les Français veulent plus de campagne et de reconnexion avec la nature, Airbnb ne fait qu’accompagner le mouvement. Nous avons ainsi conclu un partenariat avec Bienvenue à la ferme et la plate-forme du financement participatif Miimosa. Nous n’avons pas inventé le tourisme rural – les Gîtes de France étaient là bien avant nous. Nous lui avons donné un peu plus de visibilité et avons simplifié son accessibilité (par le digital). Sur 58M€ de taxes de séjour reversés aux collectivités en 2019, 11M€ le sont à des communes rurales.

Quelle place occupent les voyages locaux ?

Emmanuel Marill : Un million de voyageurs ont voyagé dans leur propre région au cours de l’été 2019. Les gens redécouvrent de plus en plus leur pays et la région où ils habitent. Les Français vont continuer de voyager très loin, mais autrement : moins souvent et plus longtemps. En parallèle, ils voyagent davantage près de chez eux, ce qui correspond à des envies de déconnexion et de reconnexion avec la nature. Cela se traduit par des longs week-ends en famille ou entre amis. Avec des promenades en forêt et des feux de cheminée l’hiver par exemple. D’ailleurs, une question se pose : les jeunes familles vont-elles avoir envie et les moyens d’accéder à une résidence secondaire ? C’est compliqué d’acheter, les 25-35 ans vont peut-être préférer quelques week-ends en locations saisonnières dans l’année.

Les locations saisonnières sont au cœur des prochaines municipales. Quelles sont les bonnes et les mauvaises idées qui ont retenu votre attention ?

Emmanuel Marill : Quand on pointe du doigt des communes, ce n’est pas forcément un bon angle d’attaque. J’ai parfois des doutes par rapport à des annonces, comme celle d’un possible referendum (proposé par Anne Hidalgo, Ndlr). Proposer une baisse du nombre de nuitées autorisées pour une résidence principale, en-dessous du plafond actuel de 120 jours, ne résoudra pas le problème du logement. Mieux vaut discuter tous ensemble pour tendre vers un objectif commun : faire bénéficier le tourisme au plus grand nombre.

Pour vos opposants, ce ne sont pas des résidences principales qui se cachent derrière des biens loués 120 jours. 4 mois, c’est effectivement beaucoup d’absences…

Emmanuel Marill : Si vous comptez 52 week-ends, vous arrivez à plus de 100 nuits, auxquels peuvent s’ajouter les vacances, les RTT, les jours fériés. C’est par exemple intéressant pour un étudiant, qui souhaite retrouver sa famille ou des amis en fin de semaine, tout en gagnant un peu d’argent afin d’améliorer son quotidien. Les revenus complémentaires sont un véritable enjeu. La règle des 120 jours commence d’ailleurs à être bien comprise, 90% des locations à Paris la respectent.

Quel est l’impact du coronavirus ?

Emmanuel Marill : L’épidémie a surtout un impact pour nous sur le tourisme vers l’Asie. Elle va aussi redynamiser le tourisme domestique : les Français vont moins partir en Asie, et éventuellement se rabattre sur la France. Déjà, l’an passé, 60% des Français qui ont utilisé Airbnb l’ont fait pour séjourner en France. Notre croissance est tirée par le domestique, la campagne et la saison d’été.

La presse américaine évoque un éventuel report de votre entrée en Bourse. Qu’en est-il ?

Emmanuel Marill : Il y a toujours beaucoup de spéculations autour du sujet. L’entrée en Bourse est bien prévue en 2020. C’est confirmé.

A lire aussi :

Les commentaires sont fermés.

Dans la même rubrique