Dans l’espoir d’un second souffle
Air Littoral et Aéris devaient trouver cette semaine un repreneur, après des échéances plusieurs fois reportées. Cependant, les deux transporteurs vont être contraints de revoir leurs ambitions à la baisse. Avec le risque de voir le ciel du Midi s’obscurcir…
Cette semaine devait être la bonne pour la reprise d’Air Littoral et d’Aéris. Après bien des chassés-croisés et volte-face de candidats potentiels, les deux compagnies pourraient donc finalement être en mesure de trouver un second souffle, mais avec des ailes passablement rognées.
La mieux placée des deux est sans conteste Air Littoral. L’audience du tribunal de commerce de Montpellier devait entériner, le 5 novembre, après notre bouclage, une reprise du transporteur par le fonds d’investissement italien Seven Group, propriétaire de la petite compagnie Azzura Airlines. La direction avait d’ailleurs déjà envisagé une solution de reprise à très court terme à l’issue de la réunion du Conseil supérieur de l’aviation marchande (CSAM) le 29 octobre, qui avait donné un avis favorable au projet de reprise italien, rejetant ceux de la compagnie mauricienne Black and White Aviation, du consortium cannois NGFI (Nouvelle Génération Finances) et de la société Danavia SA, chapeautée par Fernand Danan, ancien pilote d’AOM.
L’avis du CSAM est néanmoins conditionné à l’apport financier par Seven Group de 11 millions d’euros, complété par 4 millions dans les six mois. Le projet de reprise s’accompagne aussi d’un plan social qui portera sur la suppression de 300 emplois, sur le millier qu’Air Littoral compte actuellement.
Lancement de vols charters
L’ancienne flotte de 23 appareils, qui assurait les vols réguliers d’Air Littoral (CRJ, ATR et Fokker) devrait finalement être redimensionnée à 17 CRJ, ce qui permettra de fortement limiter les coûts d’exploitation. Le projet de reprise prévoit un maintien de toutes les lignes qu’Air Littoral opère actuellement, à l’exception de Nice-Madrid et Nice-Barcelone, précise Pierre-Stéphane Austi, directeur commercial d’Air Littoral. La desserte corse de la compagnie devrait pour sa part profiter des synergies avec Azzura Airlines, à travers la mise en ligne d’appareils Avro de 95 places. Mais la nouveauté la plus notable pourrait être le lancement de vols charters, toujours grâce à l’appui de la flotte d’Azzura Airlines (Avro, Boeing 737 et Airbus A320). Nous sommes prêts à apporter toutes les solutions d’affrètement pour des vols moyen-courriers dans le Bassin méditerranéen, précise le directeur commercial d’Air Littoral, évoquant notamment l’Italie, la Grèce et la Tunisie.
Aéris, trois candidats en lice
Côté Aéris, la situation, quoique plus délicate, devrait elle aussi trouver une issue favorable. Initialement prévu le mardi 4 novembre, l’examen des projets de reprise de la compagnie a une nouvelle fois été repoussé au vendredi 7 novembre, le mandataire s’étant déclaré dans l’impossibilité de statuer face à des dossiers incomplets sur les plans technique et financier. Reste qu’en une semaine, ils se sont considérablement clarifiés. Avec notamment un nouveau faux bond du fonds d’investissement américain Wexford, qui s’était déjà retiré de la course pour Air Littoral. Les négociations sur la baisse de la masse salariale se sont soldées par un échec cuisant auprès des syndicats et expliqueraient ce retrait. De neuf candidats possibles initialement, trois projets sont encore en lice.
Avione, un repreneur solide
Le premier est celui de la société Explor’Air, dotée d’un capital de 2 millions d’euros, et portée par Antoine Bru, un ancien pilote d’AOM, associé à Yves Bonnet, préfet honoraire et Moussa Benzerfa, issu de l’industrie pétrolière. Ce dossier ne vise que la poursuite des vols d’Aéris Express, avec le seul maintien des lignes principales vers Toulouse, Nice, Perpignan et Toulon, mais avec des fréquences réduites.
Le deuxième candidat à la reprise est la holding Actu Air, créée par des ex-salariés d’Aéris, associés à Jean-Louis Azé, ancien directeur du développement d’Aéris et Marc Hayoun, un ancien responsable d’Air Liberté. Actu Air envisage de reprendre l’activité charter long et moyen-courrier d’Aéris, ainsi que les deux lignes intérieures les plus porteuses d’Aéris Express : Paris-Toulouse et Paris-Nice. 232 salariés conserveraient leur emploi dans le cadre de ce projet.
Mais c’est le plan proposé par le TO suisse Avione qui semble le plus solide et le plus susceptible de l’emporter. Pour effectuer les vols charters qu’Aéris opérait pour son compte, notamment vers la République dominicaine, les Maldives et le Brésil, Avione envisage la création d’une nouvelle compagnie nommée Air Alisson, avec la reprise de 146 salariés. Le capital de ce transporteur serait constitué à 49 % par Avione, associé pour l’occasion à la compagnie charter Sud Airlines basée à Aix-en-Provence (40 %) et à deux autres actionnaires dont les noms n’ont pas été révélés (11 %). Le PDG d’Avione, Jürg Saladin, a réaffirmé que le TO était en mesure d’injecter 30 millions d’euros dans le plan de reprise, ce qui correspond à l’activité réalisée par Aéris avec Avione depuis janvier 2003.
Reste que si ce schéma est retenu comme semble le penser les observateurs, ce sont toutes les lignes d’Aéris Express qui seront abandonnées. Tout semble donc indiquer que l’on s’achemine à nouveau vers un scénario proche de celui d’Air Liberté, avec la réattribution des créneaux horaires éventuellement libérés à Orly. Même si Aéris semble devoir s’en sortir, sa restructuration n’évitera pas une réorganisation énième du ciel français, avec les compagnies à bas coûts étrangères toujours en embuscade.
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