Canada : on a testé un safari à la rencontre des ours polaires

Chaque automne, des centaines d’ours polaires descendent dans la Baie d’Hudson pour chasser le phoque. L’Echo touristique est parti à leur rencontre à Churchill, au Manitoba (Canada), considérée comme la capitale mondiale des ours polaires.

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Florian De Paola

Florian De Paola

30 décembre 202212 min de lecture

Ours polaire Canada Buggy
L'Echo touristique s'est rendu dans la région de Churchill, dans le nord du Canada, qui abrite les deux tiers de la population mondiale d'ours polaires.© Florian De Paola

L’ours polaire a toujours fasciné les êtres humains. Considéré comme vulnérable par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), il représente une attraction touristique majeure du nord du Canada. Son observation constitue le pilier de l’industrie touristique à Churchill, au nord du Manitoba. Prêt à voyager jusqu’au bout du monde ?

L'Echo touristique s'est rendu dans la région de Churchill, dans le nord du Canada, qui abrite les deux tiers de la population mondiale d'ours polaires.
© Florian De Paola

1.Winnipeg

L’accès le plus rapide à Churchill impose de prendre un avion (2h) à Winnipeg, à 1 000 kilomètres plus au sud. Une opportunité à saisir pour visiter Winnipeg, rare dans les circuits touristiques français. Au beau milieu des prairies canadiennes, c'est une ville nord-américaine de taille moyenne, où il fait bon vivre. Une importante communauté de francophones s'est installée dans le quartier de Saint-Boniface. Winnipeg est accessible via une escale à Toronto, avec Air Canada (comptez une grosse douzaine d'heures de vol) depuis Paris.

Winnipeg, une ville nord-américaine de taille moyenne où il fait bon vivre.
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Elle renferme quelques sites intéressants, comme l’incontournable Musée canadien des droits de la personne. Installé dans un bâtiment qui vaut à lui seul le détour, le musée dessiné par l’architecte américain Antoine Predock raconte, sur plusieurs étages, l’histoire compliquée des droits humains. Une visite émouvante, qui passe en revue les moments les plus dramatiques de l’histoire mondiale mais aussi canadienne, alors que le pays réalise un véritable travail d’introspection depuis une quinzaine d’années.

Le Musée des droits de la personne, une visite indispensable lors de tout séjour à Winnipeg.
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Même si elle est agréable, Winnipeg se visite rapidement d’un point de vue touristique. Surtout, elle est comme une sorte d’introduction à l’expédition polaire qui attend les visiteurs en transit pour Churchill. La faune et les paysages du nord du pays ont même fleuri sur les portes de garage et les murs des maisons de la Back Alley Arctic, une tranquille ruelle d’une zone pavillonnaire de la ville. Le street-art, qui pullule au Canada, rêve lui aussi du Grand Nord…

Le monde polaire s'invite jusque sur les façades des pavillons de Winnipeg, à 1 000 kilomètres au sud de Churchill.
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2. Churchill

Après un vol d’environ deux heures, l’atterrissage à Churchill constitue un moment fort. La ville, fondée en 1717, est la plus septentrionale du Canada. Au nord de Churchill, ça n’est que toundra, forêts boréales et étendues rocheuses ou glacées. La température dépasse rarement les treize degrés celsius en été, et plonge jusqu’à -40 l’hiver. Churchill, c’est un peu le bout du monde…

L'Inukshuk de Churchill, un arrêt photo incontournable.
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Environ 900 âmes environ vivent ici. Parmi elles, une poignée de Français « tombés en amour » pour un habitant local, ou pour les ours polaires. Le quotidien y est étonnant, et souvent organisé autour du Community Center, un imposant bâtiment qui rassemble écoles, hôpital, aires de jeux, terrains de sports, piscine… Churchill, c’est bien la Frontier, la dernière limite entre la civilisation et la nature sauvage…

Churchill, c'est un peu le bout du monde...
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3. Des règles de sécurité drastiques

Churchill n’est pas désignée « capitale mondiale des ours polaires » pour rien. Pendant l’automne, les prédateurs, qui chassent le phoque, parcourent parfois des dizaines de kilomètres en un jour. Un repérage qui peut les amener jusqu’au centre-ville de Churchill, où la cohabitation avec les ours polaires a toujours existé. Traditionnellement, les habitants de la ville ne ferment pas leurs voitures ou leurs porches, pour offrir un refuge au quidam en cas de rencontre fortuite. Et si les visiteurs étrangers seront avertis des comportements à adopter, une extrême vigilance est de rigueur lorsqu’on arpente les rues de la ville. Les ours polaires, eux aussi, doivent respecter des règles… au risque de passer quelques jours dans la prison qui leur est dédiée, s’ils s’aventurent trop près des habitations. Parce qu’un ours averti en vaut deux.

Churchill abrite une prison pour les ours polaires qui s'approchent trop du centre-ville.
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4. L’embarquement

Une fois la petite balade dans Churchill terminée, il est temps de prendre la direction du royaume des ours. Une dizaine d’opérateurs proposent des excursions à la journée ou des mini-séjours, formule que L’Echo touristique privilégierait pour profiter pleinement de cette expérience incroyable. Nous avons embarqué avec Frontiers North Adventure, acteur très implanté localement. Son produit est vendu en formule tout-inclus, avec le vol AR depuis Winnipeg. C’est l’un des seuls opérateurs à proposer de dormir au beau milieu de paysages lunaires, vite recouverts par la glace à l’automne. C’est aussi le seul à proposer d’arpenter ces plaines à bord d’un véhicule imposant mais totalement électrique. Comptez environ 1h de transfert, à faible allure, depuis Churchill pour accéder au lodge.

A partir du moment où vous embarquerez, vous ne serez plus autorisés à toucher terre jusqu'au débarquement.
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5. Le lodge

L’arrivée au Tundra Buggy Lodge s’apparente à un alunissage. Difficile de ne pas penser aux astronautes en découvrant cette station suspendue à quelques mètres du sol, au milieu d’un désert de roches et d’arbustes, avec vue panoramique sur la baie d’Hudson.

Le lodge a des allures de station lunaire.
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Composée de quatre buggy (pour les touristes), le Tundra Buggy Lodge est bien léché. Les matériaux choisis, et notamment le bois, font de cet hébergement insolite un logement de luxe… et connecté ! Les accros du smartphone seront rassurés : le wifi fonctionne mieux ici qu’en plein centre de Paris.

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6. Les chambres

A vrai dire, il n’y a pas de chambres. Deux buggys sont destinés à recevoir les touristes pendant leur sommeil, dans une ambiance auberge de jeunesse de luxe qui ravira ceux qui apprécient la convivialité. Et si la promiscuité peut en effrayer certains, les couchettes sont faites de façon à ce qu’on retrouve son intimité une fois les deux rideaux tirés. Chacune possède une petite fenêtre avec une vue sur l’extérieur… pour ne rater aucune aurore boréale ou rencontre nocturne (lire plus loin).

© Neil Mumby/Frontiers North Adventure

7. La restauration

Pour se restaurer, pas question d’aller chasser le phoque, seule ressource naturelle disponible alentour. L’équipe de Frontiers North Adventure s’installe, pendant toute une saison, de l’autre côté du lodge. Toute la journée, ils préparent les plats qui seront servis au déjeuner – au Dan’s Diner, le restaurant du lodge ou en excursion – et au dîner, avec un souci de la gastronomie qui n’est pas si commun en Amérique du Nord.

La cuisine est servie avec un souci de la gastronomie qui n’est pas si commun en Amérique du Nord.
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Les hôtes se régalent, et ne manqueront de rien : chaque moment creux est comblé par le service d’entremets et d’apéritifs gourmands, à déguster autour d’une bière locale, d’un verre de vin ou de spiritueux (inclus dans le prix du séjour), dans le bar du lodge. Le nord du Manitoba est aussi une destination pour les gourmands !

A tout moment du séjour, la vue est spectaculaire.
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8. La vie à bord

Si chacun est libre d’évoluer comme il veut dans le lodge, il est cependant formellement interdit de poser pied à terre. Les ours polaires vont parfois jusque sous les roues du lodge.

Curieux, les ours s'aventurent parfois jusque sous les roues du lodge.
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A bord, on ne s’ennuie pas : des conférences sont régulièrement organisées dans le bar du lodge, le Thanadelthur Lounge, pour tout savoir des ours polaires, de leur conservation, de la faune locale ou des différents phénomènes naturels qui peuvent être observés sur cette partie de la planète (aurores boréales). Autour, le paysage spectaculaire depuis les baies vitrées du bar.

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9. Les excursions

Ça y est, c’est le grand moment : après une première nuit de découverte du Tundra Buggy Lodge, il est temps d’en sortir pour espérer croiser le chemin d’un ours polaire. Tout imposant qu’il est, le buggy électrique destiné aux excursions n’ira jamais forcer la rencontre. Il n’en aura pas besoin. Les ours polaires sont des mammifères curieux, qui n’ont pas de prédateur, et qui se sont habitués à la présence de plus en plus bienveillante de l’homme. Ainsi, quelques minutes de promenade auront suffi pour qu’un mâle, adolescent, s’approche avec intérêt de notre véhicule.

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Une rencontre magique, forcément immortalisée par les hôtes du lodge. D’autres sont à prévoir : près de 16 000 ours polaires vivent au Canada, soit les deux tiers de la population mondiale. Ils se baladent parfois en famille, à la recherche de la précieuse chaire de phoque. Maîtres incontestés des lieux, ils n’hésitent pas à s’assoupir, au milieu de nulle part et sans protection.

Au sommet de leur pyramide alimentaire et sans prédateur, les ours polaires peuvent s'assoupir n'importe où.
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Des animaux fascinants qui en côtoient d’autres, comme les renards de l’arctique, eux aussi très curieux. Le réchauffement climatique menace les deux espèces…

10. Un tourisme à court terme ?

Ce voyage spectaculaire dans la région de Churchill concentre tous les questionnements qui agitent l’industrie du tourisme. Le réchauffement climatique, cause principale de l’accélération de la fonte des glaces – et donc principale menace pour la survie des ours polaires – est visible à Churchill, où la banquise se forme de plus en plus tard. Le long trajet en avion à réaliser depuis la France n’aide pas à ce que le secteur réduise son empreinte environnementale.

A contrario, le tourisme polaire est le poumon économique de Churchill. Source de revenus considérable, il permet de maintenir une présence humaine sur ce territoire, habité par l’homme depuis plus de mille ans. Il met aussi en lumière la fragilité de l’écosystème local, attirant ainsi les philanthropes, qui financent outils scientifiques et bases d’observation. Les visiteurs étrangers, eux, ne repartent jamais insensibles d’un séjour dans la région de Churchill… Mais jusqu’à quand pourront-ils s’y rendre ?

Jusqu'à quand pourra-t-on voyager jusqu'à Churchill pour observer les ours polaires ?
© Florian De Paola

Quoi qu’il en soit, cette expérience n’est pas accessible à tous les budgets. Le mini-séjour de Frontiers North Adventure (3J/2N), expérience premium à Churchill, est facturé, en moyenne, 5 000 dollars canadiens (environ 3 500 euros) par personne. Pour certains, c’est le rêve d’une vie. Sachant que la période d’observation des ours polaires ne dure que quelques semaines, de la mi-octobre à la fin novembre. Plus d’informations en cliquant ici.

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