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Norme NDC : quel avenir pour les agences et les GDS ?

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Avec les frais GDS instaurés par Lufthansa, imitée par d’autres compagnies, la norme NDC* cherche sa voie dans l’industrie. Les agences, elles, s’interrogent, et redoutent qu’Air France suive le mouvement.

Septembre 2015, coup de tonnerre dans le monde de la distribution aérienne : Lufthansa décide de surtaxer les segments réservés via des GDS. à l’époque, nombre de pros espèrent qu’il s’agit d’un fait isolé, que la compagnie va rétropédaler. Les agences ne s’imaginent pas devoir se connecter aux inventaires compagnie par compagnie, comme ce fut le cas avant les GDS. Pourtant en 2017, trois autres compagnies ont déjà emboîté le pas au groupe allemand. Au début de l’été, American Airlines a même annoncé un programme pour encourager financièrement les agents à adopter une connexion NDC (New Distribution Capability). C’est cette norme de l'association Iata que les compagnies entendent désormais privilégier afin de développer d'autres leviers de distribution, hors GDS. Deux ans après, quel impact a eu la décision de Lufthansa sur le business et les pratiques des agences de voyages ? Comment les GDS composent-ils avec cette norme NDC ? Retour sur un modèle économique en pleine construction.

Qu’est-ce que la NDC ?

Créée par Iata, la norme NDC (New Distribution Capability) vise à créer un standard de distribution. Elle permet d’échanger davantage d’informations entre les compagnies aériennes et les agences que les standards actuels. Cet échange d’informations permet notamment aux Travel Management Companies (TMC) de proposer aux voyageurs des services additionnels, mais aussi aux compagnies de leur adresser des offres plus personnalisées et en direct. Actuellement, 36 compagnies aériennes ont déjà déployé la norme, 113 autres sont en train de développer des projets. IATA espère que d’ici 2020, les compagnies aériennes représentant 80 % des passagers auront adopté NDC.

Les agences défendent leurs intérêts

Selon Isabelle Rech-Francis, présidente du conseil Voyage d’affaires à Entreprises du Voyage (EdV), la surcharge mise en place par Lufthansa n’a pas encore eu de « vrai impact sur le volume d’affaires ». Une analyse confirmée par Jean-Pierre Mas, président d’EdV : « S’il y a eu une surcharge, c’est le client qui l’a supportée, pas l’agence. Progressivement, les GDS vont intégrer l’offre NDC et donner l’accès aux agents de voyages. Mais ils ne pourront pas leur donner de fees puisqu’ils n’en percevront plus. Ce sera donc au vendeur d’aller chercher la rémunération auprès du transporteur. » Même son de cloche pour Marc Leidelinger, le fondateur de Frequent Flyer Travel Paris, qui précise : « Tant qu’Air France ne s’y est pas mis… La surtaxe est sans commune mesure avec la valeur ajoutée que l’on offre à nos clients. Pour nous, le volume de Lufthansa, c’est 2 voire 3 % de nos ventes. Le gain que l’on permet de gagner aux entreprises se quantifie entre 15 à 30 % du volume de dépenses. La taxe représente 0,2 % de ce volume et le coût d’une agence 3 à 4 %. Tout est dit, après c’est aussi à nous d’éduquer le marché. »

Mais François Piot, patron du réseau Prêt à Partir, est plus réservé quant à l’avenir : « Les GDS auraient dû mieux développer l’intégration des frais ancillaires des compagnies. Le débat ne devrait pas être sur le NDC puisque c’est inéluctable, mais sur le commissionnement des frais ancillaires sur les billets, puisque le modèle économique s’oriente dans cette direction. On est déjà passé de 9 % de commission à 0 %. Sans les incentives des GDS (2 à 3 € par segment) les agences ne pourront pas vivre... »

  • 24 juillet 2015 Suite à l’annonce de la surcharge de Lufthansa, plainte par l’Ectaa (Association des agents de voyages et TO européens) auprès de la Commission européenne. Bruxelles n’a toujours pas rendu son verdict.
  • 1er septembre 2015 Lufthansa applique une surtaxe de 16 euros pour chaque billet émis via les GDS.
  • 13 avril 2017 Ukraine International Airlines emboîte le pas de Lufthansa.
  • 23 juin 2017 Dans une lettre ouverte adressée à la Commission européenne, plusieurs organisations professionnelles européennes du tourisme expriment leur inquiétude face aux choix commerciaux de certaines compagnies aériennes.
  • Juillet 2017 American Airlines démarre un programme pour encourager les agences de voyages à adopter une connexion NDC.
  • 1er novembre 2017 Deux compagnies du groupe IAG décident d'appliquer une surcharge sur les réservations via les GDS.

L’avis des GDS

L’écho touristique : Comment envisagez-vous la concurrence avec les nouveaux canaux de distribution mis en place par les compagnies ?
  • Georges Rudas, PDG d’Amadeus France Soyons clair, la norme NDC n'implique pas forcément de la vente directe et peut parfaitement être intégrée aux GDS. Ce sont simplement de nouveaux messages qui permettent d'échanger de l'information de manière différente, plus riche. à condition de prendre en compte les besoins des agences dans l’implémentation de la NDC, cela peut-être un vecteur de personnalisation. Dans tous les cas, les agences de voyages resteront créatrices de forte valeur ajoutée. La distribution indirecte représente encore plus de 50 % de l’ensemble des réservations aériennes (low cost incluses) et elle rapporte un yield par passager supérieur (en moyenne 40 % supérieur). Concernant la rémunération des agences, aujourd’hui, elles ont de multiples leviers de revenus : incentives, mark-ups, commissions auprès des fournisseurs, frais de service. Il existe de nombreuses méthodes de distribution et chaque compagnie aérienne est libre de décider du modèle qui lui convient. Nous évoluons dans un monde où l’information se multiplie. L’agrégation d’information croissante des GDS, la puissance de nos moteurs de recherche restent plébiscitées.
  • Emmanuel Bourgeat, DG de Travelport France Pour nous, le système GDS reste le seul endroit où toutes ces activités peuvent être exécutées efficacement en un point unique. Certes, les compagnies souhaitent modifier le modèle de distribution, mais elles doivent également être rentables. Et elles travaillent sur des marges bénéficiaires minces. Ces surtaxes peuvent leur coûter cher car les clients chercheront toujours ailleurs et passeront à des concurrents ou à des compagnies en codes share pour le même trajet. NDC va impacter les agences dans la mesure où elles auront des contenus fragmentés avec moins d’efficacité, moins de choix et plus de coûts. Avec la vente directe, les agences vont perdre le bénéfice de gestion des changements de réservation des clients, des itinéraires intégrés, des changements de la compagnie aérienne tels que les modifications et les perturbations de l'horaire. Aux états Unis, Concur a réaffirmé il y a peu « préférer accéder au contenu de la compagnie aérienne à partir de GDS car tous les processus, toutes les infrastructures, tout est en principe intégré ». Et quoi qu'il arrive, Travelport s'engage à fournir aux agences un contenu identique ou supérieur à celui offert par n'importe quel canal direct.

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