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Mice et luxe, un duo de CHARME

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Une heure de vol au départ de Bordeaux : c’est la proposition de la société Air Zéro G, spécialiste
des vols en apesanteur.
Une heure de vol au départ de Bordeaux : c’est la proposition de la société Air Zéro G, spécialiste des vols en apesanteur.

À l'heure où les budgets alloués aux déplacements professionnels sont en baisse, stimuler sa force commerciale ou réunir un comité de direction reste néanmoins d'actualité. Alors, comment continuer à concilier une image valorisante de l'entreprise avec d'indispensables économies ? Comment récompenser ses équipes sans paraître pingre ou draguer de nouveaux investisseurs - souvent abonnés à l'opulence - sans risquer de les décevoir ? Et d'ailleurs, le luxe est-il nécessairement synonyme de dépenses somptuaires ?

L'équation : concilier le budget voyages de récompense ou de stimulation - revu à la baisse - avec la notion de luxe. La personne ou l'équipe à remercier, le client à favoriser ou l'investisseur potentiel à bichonner, chacun doit sentir la brise de l'exclusivité souffler sur son cadeau. Au saut à l'élastique ou à l'après-midi karting - devenus des classiques du team-building - il faut savoir substituer une animation originale qui soit excitante et gratifiante. Et les agences ne manquent ni d'imagination ni de propositions en la matière. Pour des équipes rompues aux challenges tout au long de l'année et qui apprécient la compétition, elles proposent de piloter une voiture de sport mythique le temps d'un stage sur circuit : Ferrari, Lamborghini, Aston Martin, Porsche... un rêve de gosse clés en main avec Sprint Racing ou Pilotage Passion. Longitude 7 envisage même un transfert en hélico avec atterrissage sur un circuit du Var. Après la théorie, vient la conduite d'une véritable F1. Pour ceux qui préfèrent le claquement des étais au ronronnement d'un V8, M-Agency propose une régate amicale à bord de monocoques de 15 mètres avec skipper. On peut prendre part aux manoeuvres ou se contenter d'admirer la baie de Monaco, celle de Beaulieu avant d'aborder le cap Ferrat, par exemple : idéal pour un incentive de haut vol sur la base de 50 personnes. Un équipage aux petits soins, paddle et jet-ski pour s'amuser, déjeuner sur une plage privée : c'est la vision d'un séminaire concocté par Arthaud Yachting, spécialiste de l'événement nautique à bord d'un de ses catamarans (28 ou 56 passagers) et au départ de Cannes, Nice ou Monaco. L'agence organise également des régates en voiliers de course sur la Côte d'Azur. Le plus ? Les navires, une fois personnalisés aux couleurs de l'entreprise, s'avèrent un excellent support de communication afin d'être remarqués notamment lors des manifestations - festivals, salons, régates - qui donnent tout son éclat à la Côte d'Azur.

Certaines activités limitent inévitablement le nombre de participants. Alors, autant qu'elles soient uniques en leur genre comme les challenges Top Gun organisés par ACE pour 6 à 12 participants. Encadrés par d'anciens officiers de l'armée de l'air, c'est à bord d'ULM particulièrement rapides - jusqu'à 200 km/h - que les participants s'engagent dans un combat aérien laser game presque aussi vrai que nature. À condition de traverser la Manche, Tématis promet une expérience non moins étonnante et sans risquer l'excès de vitesse : chez les Brits, non loin de Birmingham, on peut conduire un tank. Un vrai. D'abord écoutilles ouvertes et tête dehors de façon à voir où l'on va. L'instructeur estime que vous maîtrisez ? La conduite se fait alors uniquement à l'épiscope. Réservé à 10 participants maximum par session de 45 minutes, on passe à 30 personnes en version bataille pour 2 heures par équipe de trois, incluant l'instructeur. Après l'initiation sur un parcours militaire, on charge les munitions de paintball dans le canon de 40 mm et feu sur le char ennemi. Côté contraintes, ne pas mesurer plus d'1m93 ni peser plus de 140 kg et avoir des notions de base en anglais pour comprendre les conditions de sécurité. Pour atypiques, ces deux activités glissées dans un incentive ne sont pas très chères : 118 € par personne.

Le coffret cadeau

Car faut-il pour autant débourser des sommes faramineuses pour remercier ses forces de vente avec faste ? Le coffret cadeau reste ainsi une façon luxueuse sans être pour autant forcément onéreuse de souligner les efforts de ses commerciaux. Une parenthèse unique dans des lieux qui, souvent, ne le sont pas moins. Ainsi, chez Châteaux et Hôtels Collection, 12 coffrets de 98 à 700 € invitent au voyage, du repas pour 2 boissons incluses à la nuit en suite en demeure d'exception en ? pension avec champagne et dîner gastronomique. Relais et Châteaux opte pour le coffret « Voyage d'incentive » à travers 14 suggestions pour 2 personnes, oscillant de 175 à 1 250 € selon les prestations, du dîner au séjour 3 nuits en ? pension. De plus, il est souvent possible de personnaliser le cadeau selon les sites avec un baptême en hélicoptère ou un soin spa pour renforcer le caractère inhabituel du moment. Mais attention aux clauses limitatives de dates ou aux menus imposés qui peuvent rendre ces cadeaux très décevants.

CHIFFRES

  • 5 % la fidélisation ou les remerciements des sociétés envers les clients, franchisés ou prescripteurs.
  • 17 % le pourcentage de comités de direction comme motif de réunion en 2016 (contre 19 % en 2005).
  • 70 % le pourcentage de Mice en Europe en 2016 (contre 88 % en 2005).
    (Source : Etude Coach Omnium Mice 2017.)

La folie des grandeurs

Habitués au haut de gamme à titre privé, ayant même déjà vécu des expériences spectaculaires dans certaines grandes entreprises, directeurs et actionnaires sont les plus difficiles à convaincre... mais pas forcément les plus difficiles à satisfaire ! La notion de luxe diffère également selon l'échelon des collaborateurs : il est plus ardu d'épater un gros actionnaire qu'un commercial. Alors que le voyage s'est largement démocratisé, où l'on va au Pérou - presque - comme en Thaïlande, la différence se jouera dans l'exclusivité du programme. Les agences sont néanmoins unanimes : il n'y a plus de voyage à la prodigalité ostentatoire, les dirigeants doivent montrer l'exemple en interne en organisant des comités plus modestes. Résultat : ce type de déplacement se concentre sur l'Europe.

Authenticité et insolite l'emportent souvent dans la définition de luxe et savoir habiller l'événement est primordial. Des décideurs qui courent après le temps ? À la Carte Events leur propose l'aller-retour en jet dans la journée pour découvrir Guernesey, cette île anglo-normande chère à Victor Hugo et aux sociétés off-shore, avec privatisation d'Hauteville House - la maison de l'écrivain en exil, désormais musée - et dégustation d'huîtres et de cocktails sur une plage. Une poignée de directeurs pour une réunion en toute discrétion ? Longitude 7 les embarque dans le carré ou sur le pont d'un ketch des années 30 au large des côtes méditerranéennes avec, en récréation, la possibilité de prendre part aux manoeuvres à l'ancienne. Un couvent reconverti en palace, une île dans la lagune de Venise, une soirée dans un hôtel particulier, une historienne d'art à disposition pendant le séjour pour découvrir les musées les plus emblématiques, la visite privée de la Basilique Saint-Marc : la biennale de Venise revue par l'agence Peplum pare une simple escale à Venise d'une aura d'exclusivité. D'ailleurs, selon Jacques Rousset (Succès Des Stim), derrière des séjours en apparence classique se dissimulent parfois de gros budgets.

Se frotter aux glaciers en Alaska, frôler les icebergs en Arctique ou participer à un safari en avion privé au Botswana : dans tous les cas, l'enveloppe est plus conséquente pour flatter un interlocuteur précieux, séduire un investisseur potentiel. Marie-Gaëlle Goumet, de Préférence Events, confirme : « Il y a clairement une différence quand on raisonne dans le cadre interne de l'entreprise ou en externe. Lorsqu'il s'agit d'inviter des clients, des journalistes ou des blogueurs, les budgets sont bien supérieurs. »

Quelques très grosses entreprises - notamment du secteur bancaire ou du luxe... - n'hésitent pas à remercier également leurs meilleurs collaborateurs avec de fort beaux circuits. Entre deux étapes à Pékin, l'agence Succès Des Stim n'a pas hésité à planter 100 yourtes de luxe en Mongolie, conviant, lors d'un improbable gala, un orchestre philarmonique en pleine steppe pour récompenser les 200 meilleurs conseillers d'une compagnie d'assurance. Rafting sur la rivière Ayung avec déjeuner au bord de la rivière, course à vélo dans la campagne bucolique autour d'Ubud, échange avec la population locale : Asia a, de son côté, comblé les vendeurs d'une célèbre marque d'automobile récompensés par cet itinéraire à Bali.

3 QUESTIONS À
Jacques Rousset, directeur commercial de l'agence Succès Des Stim et Marie-Gaëlle Goumet, directrice générale de l'agence Préférence Events

  • Mice et luxe font-ils toujours bon ménage ?
    Marie-Gaëlle Goumet -
    Il y a beaucoup moins de voyages « bling-bling ». Et, même si nous enregistrons une légère reprise depuis environ 18 mois, les budgets sont limités car il faut montrer l'exemple, ce qui n'était pas le cas auparavant. Nous faisons des groupes d'au moins une vingtaine de personnes, mais ce sont déjà de très gros budgets !
    Jacques Rousset - Les destinations changent car les sociétés se tournent désormais davantage vers l'Europe. Pour l'image plus que pour le budget qui reste sensiblement le même, c'est plutôt une question de vitrine. Un séminaire sera mieux perçu à Budapest qu'à Honolulu. Cependant, cela reste quand même du haut de gamme.
  • Quels types de voyages ont la cote ?
    M.-G. G. -
    Les combinés séduisent beaucoup, montrant un maximum de choses en un minimum de temps. Le voyage est alors un événement perpétuel. En ce moment, Panama et Carthagène ont le vent en poupe. Mais y a aussi des lieux exceptionnels en Europe, un peu compliqués d'accès. Notre connaissance des destinations fait alors la différence.
    J. R. - La Colombie a la cote et la Birmanie revient en force sur le long-courrier. En Europe, Lisbonne est exceptionnelle : il est facile de travailler avec les Portugais et le luxe y est accessible. On intègre aussi des rencontres avec des personnalités, business ou loisirs, selon l'orientation que l'entreprise veut donner au voyage.
  • Votre définition du luxe ?
    M.-G. G. -
    C'est permettre à quelqu'un de vivre une expérience qu'il ne pourrait s'offrir en dépit de moyens financiers élevés !
    J. R. - Des prestations auxquelles on n'a pas accès de manière quotidienne ? Plutôt créer l'instant qui fait que le moment est luxe.

Viser le haut de gamme

Pour Olivier Péchenard, directeur France du bureau Émotions DMC, « on sent que le Mice repart sur le long-courrier mais, pour se conformer aux budgets, là où l'on proposait du logement en 5* on part maintenant sur du 4*. De plus, sur notre destination, l'île Maurice, nous devons composer avec un aérien qui demeure coûteux, ce qui grève une partie des prestations terrestres. Mais nous restons sur du haut de gamme : c'est le savoir-faire de DMC qui fait la différence. » Une marche de plus dans le domaine de l'exceptionnel est franchie avec les Iles Vierges britanniques. Encore confidentielles, elles tentent une percée sur le marché hexagonal de l'incentive. Marie-Annick Boury (MBMH) qui gère les demandes françaises pour Necker Island, l'île privée de Richard Branson, explique : « L'île entière est proposée à la location, ce qui est un avantage indéniable. Il faut alors compter 75 000 € la nuit pour 30 personnes en pension complète, boissons et activités nautiques incluses ».

LARGUER LES AMARRES

Le Mice n'échappe pas à l'engouement croissant pour les croisières. Et, là encore, l'excellence et le raffinement de certaines offres emportent vite l'adhésion. 32 membres d'équipage pour 64 passagers, une élégance discrète et une gastronomie à la française : la compagnie du Ponant a su se convertir à l'événementiel en proposant des itinéraires adaptés à la demande en cas d'affrètement de l'intégralité du navire, de la Méditerranée aux Caraïbes, de l'océan Indien à l'Antarctique. Il est néanmoins possible pour des groupes à partir de 10 cabines de se joindre à des croisières existantes. On peut lui préférer le Club Med 2, ce très beau 5 mâts qui embarque 368 personnes dans ses spacieuses cabines, service 5 tridents et de nombreuses activités incluses. Et chez Star Clippers (50 à 210 passagers), la privatisation du voilier permet de surcroît d'afficher les couleurs de la société.

Toujours plus haut

De folles propositions, on en trouve d'autres, mais qui imposent parfois certaines contraintes. Ainsi, Event in the Sky en Belgique (l'inventeur du concept), Tematis en France ou encore Dîner Entre Ciel et Terre au Canada invitent, respectivement, 22 personnes autour d'une table hissée à 50 mètres au-dessus du sol pour savourer un repas gastronomique de haut vol. À condition, pour les convives, de ne pas souffrir d'acrophobie et de s'y prendre très à l'avance. « Il faut compter 8 à 10 mois en raison des autorisations administratives », explique Nicolas Charvet, gérant de Tématis. « Et le mieux est d'optimiser la plate-forme pour la journée. Par exemple, le PDG évoque sa stratégie autour d'un café le matin, nous organisons un atelier cocktail ou peinture dans l'après-midi et le dîner réunira les clients les plus importants. » On reste dans les airs, avec la société Air Zéro G, spécialiste des vols en apesanteur au départ de Bordeaux. 40 passagers peuvent embarquer à bord d'un A310 spécifiquement adapté pour 1 heure de vol et 15 paraboles. Il faut compter 6 000 € la prestation pour une journée unique à condition de passer les tests d'aptitude médicale... ce qui peut avoir un effet désastreux pour le client, s'il perd en quelque sorte la face en étant refusé pour santé déficiente !

Il n'est pas rare que de grosses entreprises organisent des challenges annuels au niveau de l'ensemble de leurs filiales, européennes voire mondiales. Afin que les équipes aient vraiment envie de s'investir, le voyage ou l'activité obtenu par le vainqueur doit dépasser l'exceptionnel. Absence de problèmes cardiaques et une taille inférieure à 2 mètres sont les seules obligations pour tenter de remporter l'incroyable trophée, là encore proposé par Tématis : un vol stratosphérique de 45 minutes en Mig 29 sur une base militaire à 450 km de Moscou. S'il faut débourser 18 000 € (hors avion !), le package de 3 jours/2 nuits promet l'expérience d'une vie. Seul hic pour l'entreprise : trouver encore plus extraordinaire l'année suivante. Pas gagné !

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