Abonnez-vous au magazine

Identifiez-vous

EMMANUEL ARNAUD (GUESTTOGUEST) : « Nous voulons démocratiser l'échange de maisons entre particuliers »

| | | | par
EMMANUEL ARNAUD (GUESTTOGUEST) : « Nous voulons démocratiser l'échange de maisons entre particuliers »
EMMANUEL ARNAUD (GUESTTOGUEST) : « Nous voulons démocratiser l'échange de maisons entre particuliers »

C'est la personnalité de l'année 2017, choisie par le jury des Trophées de l'Innovation. Le fondateur de GuestToGuest a réalisé la plus importante levée du secteur au cours des derniers mois. Son ambition est de démocratiser l'échange de maisons entre particuliers. En Europe comme aux États-Unis.

L'Écho touristique : Quelle est la genèse de GuestToGuest ?
Emmanuel Arnaud : J'étais client de HomeExchange et sa marque française Troc Maison. J'avais trouvé une sympathique maison à Florence pour le 31 décembre 2010, mais son propriétaire ne souhaitait pas aller à Paris dans mon logement. L'échange n'a donc pas eu lieu, malheureusement. J'ai réfléchi au concept. À l'époque, le site leader mondial HomeExchange avait 45 000 membres, alors que le coachsurfing, qui cible une cible démographique plus réduite - surtout des étudiants - réunissait 5 millions de membres. L'échange de maisons entre particuliers avait à mon sens un potentiel considérable, mais selon un modèle différent, d'où la création de GuestToGuest.

Avec un système de points...
Oui, un système d'échange avec des points, nommés les Guest Points, qui évite d'exiger l'échange réciproque : je peux aller dans une maison à Florence, dont le propriétaire pourra passer des vacances ailleurs que chez moi à Paris. Charles-Édouard Girard m'a rejoint en 2013 et m'a apporté toute son expertise en marketing et en entreprenariat. C'est sa troisième boîte. Les bonnes idées sont meilleures à deux.

Vous avez levé 33 M€ et acheté HomeExchange début 2017. Comment fait-on pour lever une telle somme ?
C'est une belle histoire. Nous sommes assez vite devenus leader mondial dans notre domaine. Nous avons pris le marché, avant même le rachat de HomeExchange. Nous sommes de plus en très forte croissance. Dans un secteur proche du nôtre, la location entre particuliers, Airbnb est un grand succès international. Ce qui nous conforte dans l'idée que le monde est mûr pour l'échange de maisons. Nous serions ainsi la deuxième vague de l'hospitalité peer to peer. Nous avons le potentiel de devenir une licorne (start-up valorisée à plus de 1 Md de dollars au minimum - NDLR).

Sur quels fondements pouvez-vous devenir une licorne ?
Environ 400 000 membres, dont 300 000 membres pour GuestToGuest. Nous visons un million de membres en 2019. Nous serions alors plus proches du statut de licorne. Quelles sont nos chances réelles de le devenir ? Je dirais une chance sur deux. Toutefois, mon problème d'ego n'est pas sur la valorisation (rires), mais sur l'usage. La démocratisation de l'usage qui n'a pas encore eu lieu. Il faut que l'échange de maisons devienne une vraie pratique, comme le covoiturage avec Blablacar, qui s'est substitué à des trains. Pour une famille, l'échange de maisons est une promesse fantastique, en comparaison avec un hôtel.

Comment s'est présentée l'opportunité du rachat de HomeExchange ?
Lors d'un voyage à New York avec le réseau Entreprendre, avec mon associé Charles-Édouard, en 2015. Nous venions de lever 4 millions d'euros (auprès de la Maif - NDLR). Nous avons rencontré sur place des patrons français qui ont réussi au États-Unis sans pour autant être des surhommes ! C'est là qu'est né le déclic. Nous nous alors sommes rapprochés de notre concurrent américain HomeExchange et de ses trois fondateurs. Nous partageons beaucoup de valeurs avec ce pionnier de l'économie collaborative, apparu en 1997.

MINI BIO

Cette acquisition, c'est pour mettre un premier pied aux États-Unis ?
Oui, tout à fait. Nous avons vocation à nous développer aux États-Unis, où il y a un écosystème du tourisme intéressant. Ce que nous avons aussi retenu de notre voyage à New York, c'est qu'il faut qu'un patron français vive sur place, pour être pris au sérieux et nouer des partenariats locaux. J'ai étudié aux États-Unis, j'ai donc plaisir à m'y installer le 26 août, en famille avec mes trois enfants (interview réalisée juste avant son départ- NDLR). Ce sera à Boston, où ma femme a une opportunité professionnelle. Nous effectuons d'ailleurs un échange de maison long terme avec des Américains. La côte est apparaît comme plus proche de l'Europe, nous aurons des demi-journées de travail en commun. Pourquoi pas la Silicon Valley ? Les talents, l'immobilier et la vie d'entreprise sont un peu chers.

Quel est votre modèle économique ?
Sur GuestToGuest, l'inscription est gratuite. Dans 20 % des cas, l'échange est complètement gratuit. En général, il faut compter une trentaine d'euros par semaine pour le locataire, entre la caution et l'assurance. Notre modèle économique repose sur ces services additionnels. HomeExchange est sur le modèle de l'abonnement, soit 150 dollars par an pour le propriétaire. C'est désormais notre marque premium, alors que GuestToGuest est plutôt mainstream.

Vous avez aussi acheté la start-up française spécialisée dans l'échange de maisons Trampolinn, en 2016. Pourquoi ?
C'était une opportunité. Nous avons obtenu la start-up à la barre du tribunal. La base de données nous intéressait, le positionnement aussi. Trampolinn était davantage positionnée sur le city break, pour les célibataires et les couples sans enfants, alors que nous étions davantage tournés vers les familles.

Quand deviendrez-vous rentable ?
Nous avons été rentables sur quelques mois au cours de l'année 2017, pour la toute première fois depuis notre création. Nous serons a priori rentables en 2018. Les années suivantes, tout dépendra de notre stratégie de financement. Nous devrons choisir entre une croissance rentable et une croissance plus forte mais déficitaire.

Qui sont vos actionnaires ?
La Maif détient une participation minoritaire, mais c'est notre actionnaire de référence. Ensemble, la Maif, le fonds d'investissement Alyan, Charles-Édouard et moi sommes majoritaires.

« Notre principal enjeu est (...) de convaincre les millions de voyageurs qui n'ont pas testé l'échange de maisons »

Pourriez-vous entrer en Bourse ?
Ce n'est pas exclu. La question reste prématurée.

Vous prônez l'entreprise libérée. Pourquoi ?
Nous étions cinq salariés quand nous avons adopté le principe de l'entreprise libérée. Nous voulions recruter et ne pas devenir les patrons intransigeants des salariés. La légitimité hiérarchique, on s'en défend comme source de décisions.

Quels sont les écueils de cette approche managériale ?
Dans une volonté très démocratique, nous avons mis en place un système quasi permanent de votes, qui s'est révélé inefficace. Tout le monde n'a pas le même niveau de conscience, ni la même expertise. Nous avons changé de modèle. Nous travaillons principalement en équipes « core » de trois personnes. C'est ainsi que nous parvenons à des consensus. Nous avons ainsi repensé l'algorithme.

Existe-t-il une taille critique au-delà de laquelle l'entreprise libérée devient une utopie ?
Avec une centaine de salariés, dans plusieurs pays, nous atteignons un seuil critique. Se pose à nous la question du management intermédiaire. Comment est-il choisi, doit-il être légitimé par un vote ? Nous sommes une centaine d'employés, une quarantaine chez GuestToGuest, une soixantaine chez HomeExchange. Nous intégrons une entreprise qui a une autre culture et n'a pas adopté l'entreprise libérée. Nous aimerions bien déployer nos principes, même si nous ne voulons pas tomber dans le dogme managérial. Le plus important, c'est de créer un groupe humain, dans lequel nous sommes tous à l'aise.

Soyez le 1er à réagir

Vous devez remplir correctement les champs suivants : Pseudo, Email, commentaires




imprimer