Un gamin manque de renverser un piéton avec sa trottinette sur un de ces quais étroits situés à quelques coups de rames de Saint-Marc. Il se fait bien sûr réprimander, mais il disparaît très vite derrière la porte anodine de son école primaire, absorbé par les coulisses de Venise. Peut-être le retrouverons-nous ce soir sur la place San Polo dans une course folle avec ses copains ou non loin de l’ancien ghetto juif du quartier de Cannaregio, à marquer des buts contre les vénérables murs de la cité. Derrière le rideau touristique, on retrouve une vie de quartier. Certes, on ne compte guère plus que 60 000 habitants dans une ville taillée pour en contenir 250 000, mais ils tiennent bon.
À côté de la maison de naissance du Tintoret ou du Titien, ils étendent leur linge ou s’enivrent dans une trattoria insipide, déjeunent d’une bruschetta sous le soleil de la place Saint-Jean-et-Paul ou font leur jogging dans le parc d’Ile Sainte-Hélène du quartier du Castello. Dans le Dorsoduro,
ils dialoguent d’une rive d’un canal à l’autre pour prendre des nouvelles tandis qu’autour de la gare du quartier de Santa Croce ils glissent silencieusement dans l’ombre des ruelles vers leur travail. Ils font le quotidien de la Cité des Doges et l’empêche ainsi de se figer en musée flottant, aux maisons « habitées 15 jours par an par de riches touristes », glisse Lorenzo, un gondolier.
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