Il faut venir tôt le matin pour voir les Vénitiens sur leur Place Saint-Marc. Quelques uns prennent le temps de lire le journal, les autres descendent vite du vaporetto pour se rendre à leur lieu de travail. Mais dans quelques heures, ils auront laissé aux cohortes de touristes et de pigeons cet épicentre de la cité vénitienne, symbole époustouflant de son ancienne vitalité économique et de son ouverture religieuse et intellectuelle. La Venise du quartier de San Marco est celle des belles images, des palais fastueux d’anciens financiers ou nobles, comme le Palazzo Pisani, ou le Grassi, du théâtre de la Fenice, des ponts de l’Académie ou du Rialto, des commerces haut de gamme et des gondoliers conformes à l’idée que s’en font les touristes américains ou japonais. Ici, c’est le théâtre des Doges, une scène de dupes et d’illusions merveilleuses, encore mieux servie par les costumes et masques en période de carnaval et par la brume lagunaire qui fige tout dans une posture digne et éternelle.